Chapitre 1 : Mirabelle… 1


Aéroport Léopold Sedar Senghor. 22h30. Dakar

Je trimballais mon bagage tant bien que mal dans la foule de ces voyageurs pressés de retrouver femme, amis ou enfants dans l’espace réservé aux accompagnants. Tous marchaient à vive allure et de loin j’apercevais des sourires, des mains tendues, de longues accolades et quelques larmes ici et là. L’émotion était palpable et j’avais hâte de vivre à mon tour ces retrouvailles magiques. Me blottir contre lui, l’embrasser langoureusement, revoir son sourire et lui murmurer tous ces mots que nous nous étions déjà dit il y’a quelques heures, au téléphone.

Je trimballais donc mon lourd bagage posé sur un charriot. Il contenait tous ces petits cadeaux que j’avais promis aux uns et aux autres. Je revenais tout de même du « pays » et bien que nouvelle venue au Sénégal, j’y avais amis et famille déjà installés depuis quelques années.

On disait qu’il faisait chaud au Sénégal et à voir la sueur qui perlait déjà sur mon front, ce n’était pas que de simples dires. Ou peut-être était-ce la lourdeur de la valise que je poussais à présent devant moi.

J’arrivais enfin devant la sortie où familles et amis attendaient un arrivant. Au loin, des taxis jaunes et noirs s’alignaient dans un parking de fortune et quelques jeunes hommes proposaient des puces téléphoniques à trois fois leur prix normal, de changer des devises à moindre coût et aussi des services payants dont le port de bagages.

Un de ces jeunes hommes débrouillards s’approcha vers moi :

Sokna-ci, Madame…Change ?? CFA ?Euros ?Dollars ?

Non non ! ça va merci !! Murmurais-je en me frayant un passage dans la foule des badauds.

La main posée en visière, j’essayais de repérer la carrure athlétique de Patrick. Grand, élancé, clair de peau et magnifiquement proportionné ; il aurait pu se démarquer dans cette foule sans trop de soucis. N’empêche que je ne le voyais pas et que je sentais le stress monter en moi. Peut-être ne m’avait-il pas reconnue tout simplement et qu’il m’avait vue passer devant lui sans faire attention.

Il faut dire que les années avaient fait de moi une superbe femme. Sûre de moi et joliment taillée comme on dit chez moi. J’avais une taille de guêpe que les africains apprécient moins que d’autres mais qui attirait tout de même l’attention. De longues jambes de gazelle et une posture de Reine comme aimait à dire ma mère. Ma poitrine rebondie était mon plus bel atout et mes yeux en amande reflétaient mon jeune âge. Sur nombre de photos que je lui envoyais quotidiennement ou presque, Patrick n’avait pas caché son admiration devant la jeune femme que j’étais devenue. Sur les réseaux sociaux, il se plaisait d’ailleurs à me taquiner à ce sujet en disant à tout va que le « garçon manqué » que j’étais avait laissé place à une « belle plante ». Une comparaison qui ne manquait pas de me flatter.

Patrick. Patrick. Je le connaissais depuis quatre longues années maintenant et je gardais en tête son sourire moqueur et son regard perçant. Nous nous étions connus le dernier jour du Baccalauréat, là-bas au « pays » et dans la liesse de la fin de ces jours de travaux extrêmes, nous avions échangé notre tout premier baiser.

Les jours qui avaient suivi furent les plus beaux de ma jeune vie. J’avais 16ans et lui en avait 18. Et ensemble, nous nous sommes offerts pour la première fois aux délices de l’amour. Notre idylle s’annonçait brève car tout deux bacheliers, les chances de partir étudier ailleurs étaient grandes. Il faut dire que « Au pays », la seule université publique était davantage un vestige des heures de gloire de ma terre natale. Les parents optaient donc pour des études à l’Etranger. Qu’importe le pays. Tout, sauf ici.

Patrick et moi, vivions donc précieusement chaque seconde de notre histoire en priant le Ciel que nos parents aient la bonne idée de nous envoyer étudier dans le même pays.

Malheureusement, je manquais mon Visa pour les Etats-Unis et lui, s’envolait pour le Sénégal. Cinq mois jour pour jour après la naissance de notre amour. La distance n’empêcha rien. Nous nous écrivions fréquemment, les appels étaient constants et il faisait partie de mon monde autant que je faisais partie du sien, là-bas à Dakar. Pendant trois longues années, ce fut-ainsi. Licence en main, je frôlais à mon tour le sol sénégalais pour rejoindre mon bien-aimé.

Ma mère avait protesté, arguant que je pouvais aller continuer mes études aux Etats-Unis ou en France mais j’optais calmement pour le Sénégal où l’amour m’avait donné rendez-vous.

Je sortais de mes pensées lorsqu’une main se posa sur mon épaule :

Taxi ??? Madame Taxi ???

Le chauffeur d’un vieux taxi garé devant moi, m’ouvrait grandement la portière, tandis que à mes coté un petit porteur patientait, attendant que je me décide.

Non Monsieur ! J’attends quelqu’un ! Répliquais-je.

J’attendais quelqu’un oui. Patrick. Mais il tardait à venir et moi, je perdais peu à peu patience. Peut-être avait-il oublié que je venais à cette heure là. Trente minutes déjà que je patientais, voyant mes compagnons de voyage s’éclipser aux bras d’une femme pour certains ou entourés d’amis pour d’autres.

Je me rapprochais d’un vendeur ambulant et lui achetait une puce téléphonique, avec la sensation de m’être faite arnaquée. Où a-t-on vu une carte SIM à 5000f CFA ?

Je composais le numéro de Patrick.

« Le correspondant que vous tenter de joindre est indisponible. Veuillez rappeler ultérieurement. »

Indisponible… Quoi ?Rappeler ultérieurement ??

J’étais plantée en plein milieu d’un parking, bagage en main, vêtue d’un Jean’s moulant qui ne laissait aucun homme indifférent et la silhouette magnifiquement relevé par ma paire d’escarpins dernier cri et lui, Patrick, était indisponible ? Le feu me monta aux joues.

Je composais à la hâte le numéro de Sabrina. Ma grande cousine, avec qui j’avais gardé une relation plus ou moins bonne. Nous avions des affinités et elle avait toujours témoigné un trop plein d’amour à mon égard. Le numéro de Patrick était toujours aux abonnés absents après 12 essais d’affilés.

 – Allô ?? Sabrina ?

 – Oui, elle-même! Me répondit-elle avec la voix ensommeillée. Il était tout de même 23h et des poussières.

 – C’est Mirabelle. Mirabelle Ngomat.

 – Oooohhhh… Mira !! T’es à Dakar ??? Mamééé[1]!! Depuis quand ?

Sa voix haut perchée me fit plaisir car je me sentais coupable de l’avoir dérangée à cette heure avancée de la nuit. Je me sentais soudainement moins seule.

 – Je viens d’arriver et je suis à l’Aéroport… Je voulais te faire une surprise.

 – Ohh mais c’est réussi ma puce ! T’es logée où ?

LA question !! Comment lui annoncer que j’étais debout dans un parking, dans un pays étranger et sans endroit où aller.

 – Euhh…Je ne sais pas trop. Je viens d’arriver et l’ « amie » qui devait m’accueillir n’est pas là. Son téléphone est éteint et là je ne sais pas que faire. Je sais que je te prends de cours mais…

 – Ahhh katuka[2]!! Dit-elle en m’interrompant net. Mu ké na kuiza[3]. J’arrive.

Elle arriva effectivement 15 minutes plus tard alors que j’étais affalée sur un banc entre deux taximen qui se partageaient une tasse de café. Je lui sautais littéralement dans les bras.

 – Sab’ Tu me sauves la vie !!

 – Ahhh ngué [4]!! Donc tu pouvais pas me faire signe que t’arrivais ? J’aurais été là moi ! Bienvenue ma puce ! Me dit-elle avec un sourire éblouissant.

Elle prit bien vite les choses en main. Je me retrouvais assise à l’arrière d’un Taxi, la valise dans le coffre et ma tête sur son épaule. Je l’entendis appeler ma mère pour la rassurer de mon arrivée et ensuite indiquer d’une voix de matrone, la route à suivre, au chauffeur.

Tandis que les lumières de Dakar défilaient devant mes yeux, je sentais petit à petit monter ma colère. Des larmes ruisselaient à présent sur ma joue et ma détresse finit par alerter Sabrina. Bien qu’elle ne le connaisse pas réellement, je lui avais souvent parlé de Patrick. Elle savait que j’espérais venir le rejoindre à Dakar et bien qu’elle ait joué le jeu, je suppose qu’elle aussi savait que ce n’est pas une « amie » qui m’a plantée ce soir devant Léopold Sedar Senghor mais plutôt celui que j’ai toujours appelé mon « homme ».

Elle passa ses doigts entre mes cheveux…

Ca va aller ma puce. On se sent toujours un peu perdue en arrivant ici. Mais tu verras, tu t’y feras bien vite. On tombe rapidement amoureux de la Teranga des terres sénégalaises. Bienvenue chez toi.

 


[1] Exclamation de surprise très utilisée au Congo Brazzaville

[2] Arrête !

[3] J’arrive

[4] Mais toi donc !


RDV Samedi prochain pour la suite 😉

Samantha Tracy

A propos de Samantha Tracy

"Samantha Tracy, 27 ans et pas seule dans sa tête". Communicatrice/Journaliste et Graphiste de formation, je suis également slameuse et scénariste junior à mes heures perdues. On dit de moi que je suis pétillante et déterminée. J'ai des choses à écrire et il est important que le monde puisse me lire. Nous lire.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaire sur “Chapitre 1 : Mirabelle…