Pourquoi je ne fête pas l’indépendance du Congo 11


Bonjour le monde, Mboté Congo.

Si ce n’est pas la première fois que vous passez sur mon blog, vous savez sûrement que je suis congolaise, ressortissante fière de sa capitale économique Pointe-Noire aka Ponton la belle.
Aujourd’hui, 15 août, nous fêtons notre indépendance.
J’ai souri en écrivant cette phrase. Le mot semble gros et la farce plus grande encore.
Nul doute qu’à la fin de cet article (ou avant même), on m’aura collé une étiquette de pseudo-panafricaniste ou mieux, d’opposante. Parce que c’est ainsi que ça fonctionne au Congo, il est préférable de penser tout bas ce que l’on voudrait dire tout haut.

56 ans d’indépendance… Quel bilan?

Bienvenue au Congo Brazzaville, pays exportateur de pétrole et de nombreuses richesses inexploitées dont le bois, ressource trop négligée.
Bienvenue chez moi.
En ce jour de fête, la question à se poser est la suivante : quel est le bilan de ces 56 ans d’indépendance?

  • Le même Président qui est là depuis 3 décennies : Son excellence Denis Sassou Nguesso, 72 ans, est au pouvoir depuis 33 ans. J’éviterais d’en dire plus…Tout le monde sait ce qu’il y’a à savoir.
  • Le système éducatif qui est passé d’un des plus prisé du continent à un des plus honteux. Les étudiants de l’université publique nationale vous diront mieux que moi dans quelles conditions se déroulent les cours et si vous parcourez les capitales africaines et européennes, vous verrez que les congolais représentent très souvent un bon nombre des étudiants étrangers. Victimes d’un exode et à la recherche du savoir. On se cherche comme on peut.
  • On importe tout… TOUT! Que produit donc le Congo à une échelle suffisamment grande et en qualité pour pouvoir prétendre devenir exportateur? Merci de ne pas me parler du pétrole qui représente 90% de nos exportations. Nous importons tout. Même la simple boîte d’allumette nous vient de nos voisins camerounais. Une honte qui, 56 ans d’indépendance plus tard, semble ne déranger personne.
  • La liberté d’expression prise en otage… Au Congo, il semblerait qu’il vaut mieux ne rien dire trop haut, trop fort. Des activistes aux opposants, les geôles de nos prisons nationales sont prêtes à accueillir quiconque ne se pliera pas à la volonté d’un Tout puissant gouvernement grand nom de chez nous. Donc, si jamais je venais à disparaître, ne cherchez pas trop loin.
  • Chômage… Où sont passés les emplois que l’on promet à la jeunesse congolaise depuis de nombreuses années? Malgré les grands diplômes de certains, ils demeurent d’éternels stagiaires dans des compagnies de la place. Ici, nul besoin d’avoir un doctorat lorsqu’on porte le bon nom ou que l’on vient du bon village. Faites un tour dans nos ministères, vous serez étonnés de voir que très souvent les liens familiaux sont favorisés par rapport aux compétences.

Vrai vrai…On fête quoi?

Mon problème ne vient pas du fait que, quoiqu’on dise, l’indépendance reste fictive. Nous restons à la merci du colonisateur. Mais je n’entrerais pas dans les grandes discussions de ce néo-colonialisme que tout nos Etats africains semblent assumer sans trop de peine.
Je voudrais simplement demander : que fêtons nous ?
Cette année, au Congo, le défilé traditionnel se déroule à Madingou. Nous aurons droit aux mêmes festivités arrosées de bières et de discours prometteurs où on nous décrira ENCORE un chemin d’avenir qu’on a du mal à voir.
On nous parlera des routes construites, du nouvel aéroport aux normes internationales et, comme la période s’y prête, on parlera sans doute de nos athlètes envoyés aux Jeux Olympiques de RIO, dont une belle représentation de Sino-congolais et d’un judoka désormais connu pour avoir tenu 44 secondes. Oh Yes we can!

Mais sont-ce là les priorités? Au Congo, dans certaines écoles, les élèves font cours à même le sol, les impayés dans la fonction publique ressemblent sûrement à notre dette internationale et le niveau de chômage est tel que même les petits métiers manquent.
C’est cela que nous fêtons?

Indépendance du Congo : pourquoi je ne la fêterai pas…

J’aime profondément ce pays qui m’a vu naître mais je reste sans voix quand je vois que 56 ans après cette fameuse indépendance, le bilan reste négatif.

Nous restons dans la même routine de promesses et d’acclamations. Les choses n’avancent pas et pourtant, certains se remplissent les poches au vu et au su de tous.

Je sais que pour espérer vivre au Congo, il vaut mieux ne rien dire, ne rien voir et ne rien entendre. La population n’a pas tellement le choix, le pays a été pris en otage.

Je ne fêterai pas cette dépendance, je ne jouerai pas au jeu qui veut que l’on applaudisse, que l’on décapsule bière après bière à la gloire d’un « hold up » organisé où les seuls gagnants sont ceux qui souffrent le moins dans ce pays.

Je disais donc au début de cet article que la farce en elle même me faisait rire. Le Congo fête 56 ans d’indépendance.

A 56 ans, pour un homme, c’est la période de la sagesse, des accomplissements et surtout, la période où l’on se prépare à céder la place à une autre génération après avoir posé des bases.

Où en sommes-nous?

Je ne fêterai pas la dépendance du Congo… mais à vous qui le faites, je vous souhaite d’avoir les bonnes raisons de vous dire congolais et fiers.


Samantha Tracy

A propos de Samantha Tracy

"Samantha Tracy, 27 ans et pas seule dans sa tête". Communicatrice/Journaliste et Graphiste de formation, je suis également slameuse et scénariste junior à mes heures perdues. On dit de moi que je suis pétillante et déterminée. J'ai des choses à écrire et il est important que le monde puisse me lire. Nous lire.


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