J’ai 25 ans et tout l’avenir derrière moi – Lucrèce G 6


Je n’ai jamais aimé fêter mon anniversaire.

Quand j’étais plus jeune ma date d’anniversaire coïncidait généralement avec la rentrée des classes et bien évidemment les parents étaient plus occupés par les fournitures scolaires et les frais de scolarité plutôt que par une fête.

En grandissant je me suis fait une raison. D’ailleurs je ne comprenais pas pourquoi il fallait fêter le fait qu’on vieillissait.

A ce propos on me recommande souvent de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Une année de plus est une grâce etc. Mais cette année j’ai beaucoup plus de mal.

J’ai 25ans et je m’endors souvent en rêvant de pouvoir remonter le temps.

Mon 25eme anniversaire, j’ai eu la chance de le fêter avec ma famille.

Enfin, il faut encore relativiser la notion de chance!

J’ai été réveillée à 5h du matin par ma mère et ma grand-mère qui ont tenu à prier pour moi. N’allez pas penser que j’ai quelque chose contre les bénédictions parentales mais là c’était comment dire… épique.

Seigneur mon Dieu fais qu’elle trouve un mari, oh Seigneur aies pitié de moi, donnes un mari à ma fille !

Ma grand-mère elle, orientait déjà ses prières vers le genre de mari qu’elle veut pour moi basée évidemment sur son expérience de la vie. Ce n’est pas la première fois que j’ai droit à ces prières mais la ferveur qu’elles y mettaient ce jour là m’empêchait d’en rire cette fois. Cela m’interpellait plutôt sur le fait que je venais de taper le code d’accès à la vraie vie d’adulte : 25.

Enfant docile et sage en apparence, j’ai toujours été surprotégée et cela n’a jamais été pour me déplaire, même que j’en abusais sans honte. Mais depuis, je me rends compte que pour avancer j’ai besoin d’abandonner la facilité et prendre la vie à bras le corps. Il y a des erreurs que je ne pourrai plus me pardonner. Les mauvaises décisions que je prenais avant même d’agir parfois, je les catégorisais facilement dans la liste des erreurs de jeunesse pour me donner bonne conscience sauf que désormais je ne me sens même plus jeune. Mes journées commencent désormais avec un grand nombre de pensées que je trouve stupides mais dont je n’arrive pas à me défaire. Il me faut être plus… moins… arrêter de… mieux faire… Et si finalement je n’y arrive pas ?

Professionnellement, j’ai tout ce qui est nécessaire, je sais apprendre. Je suis beaucoup moins pessimiste de ce coté, non pas parce que j’ai atteint tous mes objectifs mais le contexte actuel où il n’y a plus vraiment un modèle classique de carrière où l’on est « obligé de gagner sa vie tout en l’inventant » me paraît plus stimulant. Heureusement ou malheureusement je n’ai que ma bouche à nourrir et donc encore la latitude de choisir en pensant seulement à moi.  Pas encore besoin d’épargner pour la maison ou les études supérieures d’un enfant qu’au demeurant je condamne par le simple fait de lui donner la vie à voir la fin du monde. Donc oui, les angoisses de réussite et d’épanouissement professionnels, je les garde pour ma crise de milieu de vie. Pour tout le reste, je me rends compte que l’acné est la plus insignifiante des  préoccupations quand on grandit. Il faut désormais compter, calculer, mieux réfléchir… Adieu l’insouciance, c’est le moment de faire le deuil de sa jeunesse.

Je me rappelle avec nostalgie de ces fois où mes ainés m’envoyaient au lit parce que le film est déconseillé aux moins de 18ans. Contre mon gré, j’allais me coucher en rêvant de mon bel appart, de mon écran géant avec lequel je regarderai tout ce que je voudrai quand je serai grande. Dans le doux cocon de la jeunesse, je ne comprenais pas encore que l’autonomie et la liberté que je visualisais s’accompagnent d’obligations. Aujourd’hui, il m’arrive de tomber sur des offres (concours, projets…) réservés aux moins de 25ans et de ressentir la même frustration. Belle illustration de l’éternelle insatisfaction de la nature humaine ! Mon pessimisme légendaire m’oblige encore à voir le verre à moitié vide. Evidemment le « moins de 25ans » n’est pas la limite d’âge courante pour les projets réservés aux « jeunes » mais cela ne m’empêche pas de penser qu’il y a des choses que je ne pourrai plus faire à cause de mon âge et qui étaient peut-être nécessaires pour mon avenir. Dans ma « quaterlife crisis » (oui oui ca existe), j’ai du mal à accepter le « tu es jeune, tu as l’avenir devant toi ».

Mon coup de blues n’est pas seulement un caprice d’enfant gâtée qui semble comprendre des fondamentaux de l’existence un peu trop tard mais plutôt un réveil amer, une prise de conscience difficile mais nécessaire à l’adulte que je veux être. Toutes ces questions qui me taraudent, ces incertitudes qui m’angoissent, ces changements que je juge nécessaires d’apporter à ma vie sont destinés à faire de moi une meilleure personne, enfin j’espère, mais Dieu que c’est effrayant !

Lucrèce G


Ma contributrice du mois :

Lucrèce est une TECHNOFILLE. Une sorte de Geek, dans sa version très féminine. Ingénieur en réseau et télécommunications, cette jeune femme d’origine béninoise a également trouvé le moyen de tomber amoureuse de la langue française et de se passionner pour la cuisine! Plus multitaches, tu meurs!

Elle est mon coup de coeur de ce mois de novembre. Ne manquez surtout pas de la suivre sur son blog.


 


Samantha Tracy

A propos de Samantha Tracy

"Samantha Tracy, 27 ans et pas seule dans sa tête". Communicatrice/Journaliste et Graphiste de formation, je suis également slameuse et scénariste junior à mes heures perdues. On dit de moi que je suis pétillante et déterminée. J'ai des choses à écrire et il est important que le monde puisse me lire. Nous lire.


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