Les législatives au Congo-Brazzaville, un spectacle comique 28


Au Congo Brazzaville, le 16 juillet, les Congolais ont élu 151 députés à l’occasion des législatives. Un nombre de députés dépassant largement les 139 députés élus en 2012. Une occasion de voir émerger plusieurs nouvelles têtes dans le monde politique et de voir d’anciennes icônes voulant se réaffirmer. 

Les élections ont eu lieu en même temps que les élections locales dans un contexte où le département du Pool serait toujours secoué par des affrontements ayant causé le déplacement de milliers de personnes.  De plus, l’augmentation de la caution à verser fait polémique. On parle d’une contribution qui serait passée de 100.000f CFA à 1.500.000f CFA.  Entre les jeunes candidats qui se rallient à de nombreuses listes, les anciennes gloires qui sont remises en avant et la communication visuelle qui a fait parler d’elle ; l’heure est décidément au pleurer-rire.

Campagne à la congolaise…

Au Congo, les élections – peu importe lesquelles – ont toutes un point commun : C’est à qui donne le plus.

Pour la majorité des candidats, les meetings sont l’occasion de distribuer des t-shirts, des casiers de bière et des billets de banque. A écouter les « Atalaku » des animateurs sur les différents candidats, on se croirait plus à un concert d’Arafat qu’à un meeting politique où la population est censée écouter les arguments de celui (ou celle) qui portera sa voix auprès de l’assemblée nationale.

Il est question de mobiliser des jeunes membres d’associations ou d’arpenter les quartiers à coup de petits cadeaux offerts ici et là, en guise de générosité ou pour témoigner d’avance une implication sociale.

Du côté des populations, on ne se plaint plus. Depuis des années déjà, il en est ainsi au Congo Brazzaville. Et chacun profite des occasions qui s’offrent, allant même de meeting en meeting pour recevoir des t-shirts ou d’autres bibelots que les équipes de campagne des candidats s’empressent de distribuer, sourire aux lèvres.

Je ne me permettrai pas de blâmer qui que ce soit. Après tout, la décision finale se prendra en solitaire, devant une urne.

Vers un renouvellement de la classe politique?

Une des surprises –pour moi en tout cas – c’est le nombre de jeunes qui ont représenté une liste à travers les différents arrondissements. Des jeunes, cadres ou pas ; qui vont à l’assaut de leurs quartiers pour se présenter comme futurs « honorables ».

En voyant cette affluence non-négligeable de jeunes engagés dans la politique, une question se pose : Est-ce là un véritable engagement ou est-ce la dernière mode à la congolaise ?

Rappelons que la plupart des jeunes qui portent fièrement les couleurs de telle ou telle liste n’ont manifesté auparavant aucun réel engagement politique.

Bien qu’ils annoncent un rajeunissement de la classe politique congolaise, la question à se poser est la suivante : Sont-ils suffisamment outillés pour prétendre représenter des populations déjà trop abusées par le passé ?

Mieux… Ne serait-ils simplement pas les marionnettes d’une farce qui voudrait donner l’impression d’un changement de mentalité dans la sphère politique ?

A l’heure où certains jeunes réclament un réel changement, se pourraient-ils qu’ils ne soient que des alibis pour montrer à la face du monde que le Congo se renouvelle et fait une belle part à la jeunesse ?

Tellement de questions et aucune réponse pour le moment.

                                                                      Vu sur les réseaux sociaux. J’ai du mal à croire que toute une équipe de communication se soit penchée sur ça. Excusez-moi

La communication : Le show comique du moment

Vous n’avez pas pu le rater ! Non, impossible ! Vous n’avez pas pu rater le show le plus comique du moment. Sur les réseaux sociaux –Twitter et Facebook – les internautes assistent, sans frais, à un spectacle des plus comiques : Les affiches des candidats aux législatives.

Entre slogans improbables, convocation de chefs coutumiers ou divinité, fautes d’orthographe à la pelle ; en passant par les relations pères- fils mises en avant… Ces élections législatives font parler d’elles.

Vu sur les réseaux sociaux. Un candidat surement fan du Président français

  • Les slogans

Où sont donc passés les spécialistes de la communication ? Ont-ils seulement été consultés avant le choix de certains slogans ?

Censés démontrer en peu de mots la vision ou l’identité du parti engagé pour la course aux places parlementaires, ces slogans ont – pour une grande majorité – trouvé la belle part entre le plagiat et le ridicule.

 

Vu sur les réseaux sociaux. « Mère ya palais », entendez par là, la femme « légitime ». Est-ce une élection ou une bagarre entre rivales?

 

Vu sur les réseaux sociaux. Pour sa défense, il semblerait que « Maman Poulée » soit le prénom de la dame. Alors, qui a eu la géniale idée de ce slogan?

 

2 – Les affiches

L’Affiche est à elle seule un élément essentiel de la communication politique. Elle transmet de façon visuelle, le message que le candidat souhaite faire passer à ses militants actuels ou potentiels.

Pourtant, lors de cette campagne, la créativité a été bafouée.

Peu professionnelles, aux couleurs et aux motifs ambigus, nous osons espérer que ces affiches ne sont pas l’œuvre d’un graphiste professionnel.

La plupart d’entre elles ressemblent davantage à un montage à la va-vite sur Paint ou Picasa.

Morceaux choisis pour vous!

 

Vu sur les réseaux sociaux. Rassurez-moi…On a pas payé quelqu’un pour cette créa? Et encore, que vient faire là, un chapelet?

  • Fils de…

« Qui a vu le fils a vu le père »… C’est ce que vous pourrez lire sur les affiches de campagne de Jérémie Lissouba, fils de l’ancien Président Pascal Lissouba.

Il est de ceux qui font valoir leurs noms au cours de cette campagne. Il n’est d’ailleurs pas le seul puisque d’autres – dont les enfants Sassou – comptent aussi sur leurs patronymes.

Vu sur les réseaux sociaux.
« Qui a vu le fils, a vu le père » ou comment vouloir surfer sur le passé pour espérer toucher le futur

 

Vu sur les réseaux sociaux. Mais qui est donc le Monsieur en arrière plan? Est-ce un rappel que Alain est aussi fils de…?

 

Vu sur les réseaux sociaux. Les « représentants » de la famille Sassou ne sont pas en reste. Rien qu’avec leurs affiches, on aurait pu écrire tout un article. Il faut dire qu’il y’en a beaucoup des « Sassou Nguesso » dans la course vers le parlement

 

Vu sur les réseaux sociaux.
Pour certains candidats, il faut se replonger dans le passé et compter un « appui » très spécial

 

4 – Sortez le bic rouge…

La campagne législative congolaise 2017 a un air de classe de CP2 en pleine dictée. Les fautes d’orthographe sont légions et incompréhensibles.

L’occasion donc de se poser quelques questions : Existe t-il un comité qui veillerait à un minimum de respect de quelques règles de communication de base pour les affiches aux élections ?

Peut-on tolérer que des fautes aussi remarquables soient affichées dans les rues de la Capitale ?

Allons plus loin… Du candidat, à son équipe, son chargé de communication ayant – normalement – la responsabilité de valider le BAT, en passant par l’imprimeur…Personne n’a fait attention aux différentes fautes d’orthographe ?

Sérieusement ?

L’erreur est humaine (En lisant bien, vous trouverez surement des coquilles dans cet article) mais lorsque les affiches de plus d’une dizaine de partis deviennent sujets à moquerie sur Internet, il faut tout de même se poser quelques questions.

Vu sur les réseaux sociaux.
Faute d’inattention sur cette affiche qui sortait pourtant du lot.
L’équipe a tout de même corrigé l’affiche par la suite.

 

Vu sur les réseaux sociaux.
« C’est LEUR du changement »…On a toujours du mal à digérer.

 

Vu sur les réseaux sociaux.
« Allons SEL MENT… »
Allons-y! Est-ce qu’on a le choix?

 

Vu sur les réseaux sociaux.
Merci de lire. Sans commentaire.

 

A qui la faute ?

Tentative de réponse de Monsieur Thierry Moungalla -Ministre de la Communication et Médias, Porte Parole du Gouvernement du Congo Brazzaville – en un tweet. Bien que le ton soit enjoué, je reste sceptique.

Capture d’écran. Tweet du compte du Ministre de la Communication et Médias, Porte Parole du Gouvernement du Congo Brazzaville

 

Oui ! Logiquement, la faute n’est pas à l’Etat. Ce serait effectivement mesquin de lui attribuer toutes les erreurs de ceux qui s’affichent comme « futurs députés ».

Mais n’est-ce pas la responsabilité de l’Etat de veiller à un minimum de sérieux dans les campagnes ?

Existe t-il une entité de régulation, qui veillerait au sérieux et à l’implication des candidats de tout bords? La citoyenne que je suis, se pose des questions car il est dommage de voir que la médiocrité est exposée dans nos rues.

Je ne saurais terminer sans faire mention honorable de ces quelques candidats qui sont sortis du lot. Une agréable surprise et une touche d’espoir face à ces législatives qui ont décidément fait couler de l’encre.

 

#EcritCommeUnDéputéCongolais ou #AfficheChallenge

Sur les réseaux sociaux, les réactions ne se sont pas fait attendre. Entre les diverses pages satiriques qui ont repris les affiches de nos candidats et les publications sur Twitter où l’affaire a été tournée en sujet de rigolade, il y’a de quoi avoir envie de se présenter à son tour. Enfin, histoire de rire!

On termine donc cet article sur mon #AfficheChallenge. Rigolez…mais votez pour moi hein les gens!

Bon les gens…Votez pour moi hein!

 

On en rigole aujourd’hui pour mieux faire passer la pilule mais le problème est réel : Que fait l’Etat? Que font les partis même?

Ne devrait-on pas avoir un minimum de sérieux pour une campagne de cette envergure?  Si j’en rigole aujourd’hui – comme un grand nombre de mes compatriotes – c’est pour faire passer la pilule. Mais la réalité fait peur : La médiocrité est à l’honneur dans nos rues.

PS : Pour toutes les fautes d’orthographe, laissez un commentaire. La bise.

 

 


Samantha Tracy

A propos de Samantha Tracy

"Samantha Tracy, 27 ans et pas seule dans sa tête". Communicatrice/Journaliste et Graphiste de formation, je suis également slameuse et scénariste junior à mes heures perdues. On dit de moi que je suis pétillante et déterminée. J'ai des choses à écrire et il est important que le monde puisse me lire. Nous lire.


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