Moi, moche et méchante… 11


Vous êtes une jeune femme ? Mieux, soyons encore plus précis. Vous êtes une jeune femme africaine de 25 ans et plus ?

Voici ce que l’on attend de vous :

Que vous soyez polie, que vous sachiez tenir une maison, que vous soyez soigneuse de la tête au pieds, que vous aimiez votre famille, que vous soyez intelligente, mariée et apte à donner des enfants…
Ah j’oubliais !
Il faut aussi que vous soyez croyante, soumise, prête à rendre service, généreuse mais pas avec n’importe qui. Que vous ayez un salaire intéressant et, cerise sur le gâteau, que vous soyez vierge avant le mariage. Qui, naturellement, devra être célébré avant vos 30 ans.

Voilà ce qu’on attend de vous Mesdames. Et la liste n’est pas exhaustive.

Cette semaine, j’ai appris quelques leçons de vie et je tenais à les partager ici. Mesdames, ceci vous concerne.

Moi…

« Le moi est haïssable ».

Vous connaissez certainement cette phrase, et, depuis votre plus jeune âge, on vous a formatée à penser « collectif ». Ce qui n’est pas mal en soi mais cela crée une certaine pression quant au fait de penser, parfois, à soi-même, au lieu de faire un focus sur les autres.

Je voudrais vous parler d’ Irène, une amie à moi. Irène est de celles qui savent être présentes à tous les instants de vie. Je ne connais pas de personne plus altruiste qu’elle. Elle ne ménage aucun effort pour le bonheur des gens autour d’elle, même quand on ne le lui rend pas. Irène est aussi, à mon avis, une des femmes les plus fortes que je connaisse. Imaginez donc ma surprise le jour où elle a craqué – dans le sens le plus profond du terme – parce qu’elle n’en pouvait plus. Simplement.

Comme de nombreuses femmes à travers le monde, Irène donnait son attention autour d’elle, sans forcément prendre du temps pour elle-même. Et comme tout le monde l’avait toujours vue aussi disponible, personne ne s’intéressait vraiment à ses problèmes, à sa vie, à ses défis. Personne ne lui donnait de l’attention en retour.
Irène est une femme forte. Et le problème avec les femmes dites fortes, c’est que tout le monde pense qu’elles sont tellement fortes qu’elles peuvent prendre soin d’elles même et de la terre entière, en même temps. Simplement.

Irène a donc « craqué ». Elle a pris des cachets, dans le secret de sa chambre. Elle voulait « en finir avec cette vie trop lourde ». Dieu merci, sa sœur – qui venait lui demander de l’aide – l’a trouvée bizarrement somnolente. Elle a eu le bon réflexe de l’emmener aux urgences. Dieu merci, il y a eu plus de peur que de mal. Mais imaginons un instant que le pire soit arrivé. Imaginons…

Crédit photo : Siakka Soppo Traoré /Modèle : Samantha Tracy

Moche…

Allons plus loin et parlons cette fois-ci d’Olivia… En vrai, je ne me souviens pas de comment je l’ai rencontrée. Je me souviens simplement qu’à un moment de ma vie, nous sommes devenues proches.
Olivia est ce qu’on peut appeler une femme accomplie, selon les attentes de notre société. Mère, épouse et comptable dans une grosse boite. Elle a la voiture, la maison et le mari. C’est le genre de femme toujours « sur son 31 », ongles manucurés et make-up au top. Imaginez donc ma surprise lorsque je suis allée chez elle et que je l’ai trouvée dans une dépression sans nom. En pyjama, les yeux gonflés par la fatigue et le moral dans les chaussettes. Jamais je ne l’avais vue aussi peu soignée.

Ce que j’ai appris ce jour là, c’est qu’Olivia est le genre de femme qui doit être parfaite non stop, 7 jours/ 7 et 24h/24. C’est ce que son mari attend d’elle, c’est ce que ses enfants attendent d’elle, c’est ce que son entourage attend d’elle. Moi, comprise. Alors pour être à l’image de ce que tout le monde attend d’elle, Olivia s’oblige et e conforme. Même quand le cœur n’y est pas.

Elle m’a raconté avec le sourire ses mésaventures lorsqu’elle devait tenir toute une journée sur des escarpins qu’elle n’aimait pas toujours.

– Pour être belle, il faut souffrir… M’a t-elle dit avec le sourire.

Un sourire forcé en guise d’excuse de ne pas être, à l’instant où nous parlions, la « miss parfaite » que je connaissais.

J’ai souri et je lui ai posé la question qui me brulait les lèvres durant tout son récit.

– Ma chérie… On t’a forcé ? Pourquoi tu te fais souffrir ?

Elle a souri en se levant. Il fallait qu’elle se fasse belle.

Méchante…

« Trop bonne, trop conne… »

Vous connaissez effectivement cette phrase. Tant mieux. Parce que c’est certainement celle qui me définit le mieux.
Oui, je ne vais pas parler d’Irène et d’Olivia sans vous parler de moi, votre humble servante.

Je suis le genre de personne à penser que tout le monde est gentil, que tout le monde a un bon fond. Je suis aussi le genre à faire des trucs que tout le monde trouverait con.
Exemple ? Travailler gratuitement sur un projet pour lequel tout le monde est rémunéré. Oui !

Et les gens autour de moi ont vite compris que je pouvais être une source de profit intéressant.
A titre d’exemple, ce grand frère avec qui j’ai bossé pour un projet caritatif. Je n’avais rien reçu, même pas de quoi payer un taxi et je ne m’en plaignais pas. C’était pour la bonne cause. Un an après, j’ai rencontré la dame qui portait le fameux projet caritatif pour lequel nous avions travaillé.

Elle : Oh ! Ça fait longtemps. Je lance même une campagne pour le mois prochain…Je t’aurais bien sollicité pour nous accompagner mais tu es trop chère…
Moi : Trop chère ? Ahiii…
Elle : Oui. La dernière fois, vous avez pris 700.000 francs. Là, on n’a même pas les moyens pour payer la moitié.

Je résume. J’avais donc bossé pour un projet et quelqu’un d’autre avait profité des bénéfices. Simplement.
Des histoires comme ça, j’en ai à la pelle. Certainement parce que je suis… gentille.

Où je veux en venir…

Mesdames, vous aussi vous avez le droit de faire un focus sur vous, sur vos rêves, sur vos envies…
Depuis quelque temps, j’ai constaté que mieux j’étais dans ma peau et plus je pouvais être présente et utile pour les miens.
Depuis, je fais passer mes désirs avant les envies d’autrui. C’est important pour moi. C’est important pour vous.
Et non, ce n’est pas égoïste. C’est un choix de vie qui fera que vous ne jugerez pas les autres d’être responsables de vos manques, de vos échecs, de vos peurs.
Retenez que vous ne pouvez pas avoir la solution à tous les problèmes.

Mesdames, vous aussi vous pouvez souffler…
Beaucoup d’entre nous ont été élevées avec le conseil permanent qui veut qu’une femme se rapproche le plus possible de la perfection.
Je ne suis pas contre le fait d’être belle, attirante, sexy et autre. Mais pourquoi ? Pour qui ?
Mon amie Olivia semble le faire par contrainte. Une contrainte qu’elle s’est imposée elle même et qui la détruit petit à petit. Ce choix, c’est elle qui l’a fait mais elle se convainc que c’est ce que le monde entier attend d’elle.
Mesdames…Soufflez. Mieux, pétez, rotez, riez à gorge déployée…Soyez vous-même. Un être humain. Parfaitement imparfaite.

Mesdames, vous aussi vous pouvez dire NON…
Pendant longtemps, il m’était très difficile de dire « non » lorsqu’un ami, une connaissance ou même l’amie d’un ami avait besoin de mon aide. C’était naturel pour moi.
Mais avec le temps, j’ai compris que « on vous achète au prix auquel vous vous vendez ».
Apprenez à dire NON…et ce, à tous les niveaux. Vous aussi vous avez ce droit.

Crédit photo : Siakka Soppo Traoré – Sopsiak Photography / Modèle : Samantha Tracy

Pour finir…

Un jour, un grand frère m’a dit ces quelques phrases que je vais écrire en gardant le plus possible l’idée originale. Ce jour là, j’avais le cœur lourd. J’étais en pleurs et en mal avec moi même.

Samantha… Tu ne peux pas vouloir régler tous les problèmes du monde. Tu ne peux pas d’ailleurs. Tu ne peux pas jouer tous les rôles du monde. A un moment, il faut te contenter de faire ce que tu peux faire. Pour le reste, si tu ne peux pas ; tu ne vas pas te tuer.
Il faut pouvoir compter sur quelqu’un d’autre, savoir dire « Non, je ne peux pas, non je ne veux pas…ou Non tout court », sans donner d’explications ou te sentir mal avec ça.
A un moment, il faut vivre pour toi. Ce ne sera que comme ça que tu pourras être prête à aider autrui.

Voilà…

Ce n’est pas parce que tu es une femme que tu dois être une Superwoman aux yeux de tous : disponible, belle, efficace…
Toi aussi tu as le droit de t’autoriser à dire que tu n’en peux plus, que tu ne veux pas ou que tu n’as pas envie.
Et ce, vis à vis de ta famille, de ton conjoint, de tes enfants,…
De tout.

C’est ce que j’ai appris.


Samantha Tracy

A propos de Samantha Tracy

"Samantha Tracy, 27 ans et pas seule dans sa tête". Communicatrice/Journaliste et Graphiste de formation, je suis également slameuse et scénariste junior à mes heures perdues. On dit de moi que je suis pétillante et déterminée. J'ai des choses à écrire et il est important que le monde puisse me lire. Nous lire.

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11 commentaires sur “Moi, moche et méchante…

  • pretty

    Je culpabiliserai de moins en moins toute fois que je deciderai de passer l’entière journée en pyjama, enfouie dans un canapé tourné vers la télé :-)… car j’ai ici appris qu’il faut que sache aussi de temps en temps me faire plaisir sans me stresser avec les « attentes des autres ». Message bien reçu 🙂

  • Oboubey229

    Merci Samantha de me rappeler ça ! Je suis plutôt dans la catégorie de Irène où vous êtes tjrs aux petits soins pour les autres et quand il s’agit de vous il n’y a personne à vos côtés. Des fois des copines me disent mais non toi ça va aller tu ne peux pas te comparer à celle en difficulté actu. Elles oublient que je suis aussi comme elles.

  • Tiasy

    bonjour Samantha. J’ai pris un grand plaisir à lire ton billet. Mieux même, j’ai été émue. Je me bats moi aussi pour être la femme que JE veuc devenir, et non pas que les AUTRES veulent que je devienne. Pour moi, c’est le contraire. On me trouve égoïste et méchante maintenant, et ça m’attriste parfois. Pourtant,.avant, j’étais aussi comme Irène, Olivia et toi. Donc non, je me prefere comme maintenant. Je m’assume, je me sens bien dans ma peau et je me sens libre. 🙂
    Je suis heureuse de pouvoir en parler et de voir que toutes les femmes, notamment africaines, connaissent ce problème.
    PS: je m’appelle aussi Samantha! coincidence.hihi.

  • Edwige

    Aujourd’hui j’en suis là. Apprendre à dire non, apprendre me faire accepter telle que je suis., sans escarpin, et maquillage. À ne plus être forte pour tout le monde. En gros, je me retrouve complètement dans cet article. À tous les niveaux, comme si on l’avait écrit pour moi sauf que bon les 700.000 mille ça je te le les laisse. MDR…
    Merci pour toutes ces vérités.
    J’espère y arriver et bravo à toi. Bisous