Violence de couple : taper, c’est normal ! 9


La première fois que j’ai assisté à une vraie bastonnade de couple, je devais avoir 9 ans. Le portail de notre maison donnait sur l’arrière d’une école publique qui, la nuit venue, se transformait en repère d’amoureux nocturnes.

Je me souviens que j’étais devant la télévision et que les cris dans la ruelle m’avaient interpellée. Et pas que moi.

Nous étions sortis en trombe et un de mes cousins avait tenté d’éloigner le jeune homme de sa victime : une jeune fille d’environ 16 ans qu’il avait dû confondre avec un punching-ball.

Ce dernier, tiré par mon cousin s’était laissé faire sans trop de mal et à notre grande surprise, c’était la victime qui nous avait apostrophés :

De quoi vous vous mêlez ? Ce sont nos affaires de couple…

Même la gamine que j’étais à cette époque avait été choquée. La jeune fille s’était relevée et avait couru derrière son bourreau en s’excusant littéralement qu’on l’ait interrompu dans sa correction !

Quelques années plus tard, en classe de 2nde ,une amie se faisait souvent rouée de coups par son petit ami. Elle était beaucoup plus âgée que moi et donc plus expérimentée. Je n’avais cependant pas compris pourquoi elle justifiait les coups qu’elle recevait comme étant un acte amoureux.

Un homme qui t’aime, il te frappe si tu déconnes et après, il te fait l’amour passionnément.

Je ne comprenais pas la logique.

Allons plus loin dans ce partage d’expérience. A un ami proche qui avait frappé sa fiancée de l’époque, j’ai posé la question suivante : « Pourquoi tu fais ça ? ».

Sa réponse restera gravée dans ma mémoire. Il ne peut en être autrement.

« Une femme, ça s’éduque… « 

Avant de continuer votre lecture, sachez que cet article s’inscrit dans le cadre de THE BLOG CONTEST, le challenge des blogueurs qui écrivent selon vos humeurs. Le thème imposé du mois est : « La violence dans les couples ». Ex-challenger, me voici qui écrit #EnMargeDuTBC.

A la base, taper c’est normal…

Lorsqu’on tolère un acte, on a tendance à s’y habituer et donc, à le considérer comme normal.

Un peu comme les coupures d’électricité dans nos pays africains. Un peu comme Paul BIYA à la tête du Cameroun, ou Sassou-Nguesso au Congo… On fait avec.

La société nous montre une image où la correction résout tout. Cela commence dès le bas-âge et nous sommes fiers – en tant qu’africains – de raconter comment on a tous été redressés lorsque nous étions petits, d’une gifle ou d’une fessée inoubliable.

Nous grandissons donc tous avec cette idée qui veut que le plus fort corrige le plus faible.

Les petits garçons grandissent avec cette idée où la force est la solution à tous les maux, et les petites filles s’y résignent comme étant quelque chose de mérité lorsqu’elles ont « dépassé les bornes ».

Ce qui est – à la base – un moyen d’éducation plutôt efficace, conditionne aussi l’enfant à mettre de côté le dialogue et à utiliser la force. On lève la main pour « arranger les choses ».

Cela pourrait-être une raison.

Parce que les parents éduquent des enfants qui voient d’une part, la correction physique comme la réponse naturelle face à une bêtise et d’autre part, des enfants qui acceptent finalement cette correction et la considèrent comme normale, plus efficace que le dialogue.

De la violence physique…

En grande majorité, ce sont les femmes qui sont le plus victimes des violences dans le couples. Elles sont également celles qui doivent faire bonne figure, malgré les coups. A une amie, qui se plaignait, discrètement de la violence de son homme, j’avais cru donner un bon conseil :

Mais quitte-le Tasha !

Et les enfants ? Je ne peux pas quitter leur père…

THE raison. La grande majorité des femmes battues vous diront qu’elles sont restées uniquement pour les enfants.

Foutaises !

La victime est habituée au bourreau. Ou pire, elle aime le bourreau et n’osera pas le dénoncer ou le quitter.

La pression est à la fois sociale et psychologique. De plus, la plupart préfèrent taire leurs mésaventures.

Tout est fait de convenance.

En parlant de convenances, n’ayant pas pu convaincre Natasha de plier bagages, j’étais allée voir sa mère que je connais bien. Je lui avais expliqué tant bien que mal le calvaire de sa fille. Elle m’avait écouté avec le sourire. A la fin, elle m’avait répondu.

« Je sais. Elle m’en a parlé. Mais tu sais, c’est une femme. Une femme doit être forte. Et ne pas contrarier son époux. »

Cela peut sembler surréaliste mais c’était bien une mère qui parlait ainsi. Je comprenais mieux pourquoi Natasha se terrait dans un silence approbateur. Elle était la victime et on lui reprochait quand même d’être la cause de la colère de son époux.

Une affaire de convenance je disais ! La bienséance veut nous faire croire que même devant des coups, une femme doit se taire. Et être belle. Et sourire.

De la violence morale…

Vous connaissez sans doute le calvaire de ces femmes dont l’époux – un parfait ange – n’a jamais levé la main sur elles mais passe ses nuits à faire le tour des bars et des lits. Ces femmes violentées moralement.

Faisons preuve d’équité.

Parlons donc de la violence dont sont victimes les hommes.

Le cas parfait est celui de Fred, un gars dans mon quartier. Petite, on l’appelait « petit pigeon ». Marié à Rebecca, il en était fou amoureux (Je le suspectais d’être tobassié) mais il est aussi l’homme le plus cocu du monde. Et il le savait. Tout le monde le savait.

Certains disent que c’est par amour, d’autres par bêtise (et moi, je suis certaine qu’il a été ensorcelé)… mais Fred restait épris de sa femme.

Il y’a quelques années, il a menacé de la répudier. Elle lui a juste rappelé qu’elle avait une foule de courtisans dehors. Ca l’a calmé.

Il fallait le voir : amaigri, toujours l’air résigné, la tête dans les nuages et à la merci de la femme qu’il aimait.

Tout homme qu’il est, il était lui aussi victime de violence conjugale. Mais puisque c’est un homme, puisque lui on ne le frappe pas… tout le monde avait ignoré.

Cela s’est d’ailleurs empiré quand il a perdu son emploi et qu’il s’est mis à dépendre des revenus de sa femme. Elle invitait quelquefois ses amants chez eux et Fred restait muet.

Il a sombré dans l’alcool après qu’elle soit – finalement – partie au bras d’un autre. Dans le quartier, tout le monde a rigolé et aujourd’hui encore, lorsqu’on parle de lui, on parle de « petit pigeon », ce cocu alcoolique.

De la violence tout court…

C’est malheureux à dire mais nous sommes tous de potentiels violents. Hommes comme Femmes.

Et pire, nous préparons une génération qui sera encore plus violente que celle-ci.

Nous préparons des hommes qui lèveront la main sur leurs femmes parce qu’ils ont été élevés dans une société où c’est la norme de « corriger »…

Nous préparons des femmes prêtes à supporter ces coups, à se taire et à avancer parce que « c’est ce que doit faire une femme… »

Regardez autour de vous, la violence n’est plus un tabou. La télévision nous le montre tous les jours. Ce sont les « victimes » qui sont devenues taboues. Hommes ou femmes, ils se taisent de peur d’être montrés du doigt, de peur de salir une réputation, de peur… de se faire passer pour des victimes.

La violence dans le couple n’est pas une question de genre. C’est une question de force, qu’elle soit physique ou mentale.

La violence dans le couple est tolérée, sponsorisée par cette société où il vaut mieux se taire pour éviter de souffrir encore plus.

Sponsorisée par des parents qui ramènent une femme battue chez son conjoint au nom de la convenance (et d’une pseudo réconciliation temporaire)

Sponsorisée par les parents qui élèvent leurs enfants à coup de chicote, sans leur proposer l’option du dialogue…

Sponsorisée par le regard des autres qui jugera si jamais un homme ose se montrer faible devant sa femme…

Sponsorisée par toi qui me lit car oui, j’en ai parlé. Et alors ?

Au terme de ta lecture, tu compatiras. Si t’es sympa, tu partageras. Mais de toi à moi, ça changera quoi ?

On sait ce qui se passe et demain, lorsqu’un voisin sera en train de frapper sa compagne, tu compatiras encore ; des blogueurs en parleront encore et la vie continuera.

A toi qui est victime… Il est temps que tu dises « NON ». Il est temps que tu te rebelles. Avant qu’il ne soit trop tard.

Avant que tu ne rejoignes la tombe.

Ta vie est trop précieuse pour qu’elle se termine sous des coups.

Tu as un choix à faire. Fait le bon.

Bref, rangez les mouchoirs! On ne pleure pas encore et allez voir les articles des challengers officiels de cette nouvelle saison.

Arsdy – Obone –  Leyopar – Tchoupi – Elie – Yann

Lisez également Anna et Thierry qui écrivent en marge du TBC, comme moi.


Samantha Tracy

A propos de Samantha Tracy

"Samantha Tracy, 27 ans et pas seule dans sa tête". Communicatrice/Journaliste et Graphiste de formation, je suis également slameuse et scénariste junior à mes heures perdues. On dit de moi que je suis pétillante et déterminée. J'ai des choses à écrire et il est important que le monde puisse me lire. Nous lire.


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9 commentaires sur “Violence de couple : taper, c’est normal !