Dépression…Ce tueur silencieux 9


 

J’ai passé une journée des plus normales. Une magnifique journée qui s’est terminée sur une note d’amitié et de fraternité. Je rentrais chez moi lorsque j’ai croisé des jeunes filles, à peine la vingtaine. L’une d’entre elle pleurait et ses deux autres amies essayaient de la réconforter, tant bien que mal.

Touchée, je me suis approchée pour leur proposer mon aide.

Donnez lui un peu d’eau…Attendez, elle va s’asseoir là…

En me voyant arriver à la rescousse, les deux autres filles sont littéralement tombées, elles aussi. Je me suis donc retrouvée à 23h, dans la rue, à réconforter des parfaites inconnues.

La première – celle qui pleurait le plus – répétait en boucle une phrase.

Pourquoi elle a fait ça… Pourquoi elle a fait ça ?… Pourquoi ?

Curieuse, j’ai réussi à poser la question entre deux tapes sur son épaule.

Elle… Elle a fait quoi ?

Les filles se sont regardées et entre deux sanglots, m’ont répondu.

Elle s’est suicidée.

 

Pour la petite histoire – et d’après leur récit – une de leur amie a mit fin à sa vie, dans le pays où elle était partie poursuivre ses études. Je n’ai pas eu assez de précision sur la victime, les lieux ou les faits mais j’ai appris qu’elles s’étaient parlé toutes les quatre,  il y’a quelques jours. Que tout allait pour le mieux et ce soir, elles ont appris que leur amie avait mit un terme à sa vie, dans sa chambre d’étudiante, seule et silencieusement.

Surement gênées de s’être confiées à une parfaite inconnue, les trois jeunes filles se sont levées d’un même pas et ont disparu – larmes aux yeux – dans la nuit.

Je suis restée un moment debout. Choquée. Peinée. Impuissante.

 

« Je vais bien », ce mensonge au quotidien…

Crédit photo 52Hertz via Pixabay

En analysant cette histoire, je me suis rendu compte que ce n’était pas la première fois que j’entendais parler d’histoires de suicide ou même de tentative de suicide. Généralement, la personne qui a commit l’acte est taxée « d’idiote ». Je me souviens d’ailleurs que plusieurs fois, j’ai jugé ces actes sans en savoir le pourquoi.

Pourtant, combien de fois ai-je moi-même répondu « Je vais bien » alors qu’au fond de rien n’allait et qu’il me fallait puiser au fond de moi pour trouver la force de sourire ?

Et je ne pense pas être la seule.

Pourtant, autour de nous, les salamalecs sont devenus un simple rituel où les phrases sont pré-écrites et où il faut répéter un éternel dialogue.

  • Comment tu vas ?

  • Je vais bien. Et toi ?

  • Ca va. Merci

Les mêmes mots, les mêmes questions et très souvent, pas les mêmes sentiments. Mais qui y prête attention ?

 

« La dépression ? lol… C’est un truc de blanc, ça ! »

Je ne vais pas m’avancer en donnant des chiffres erronés mais dans les différents milieux que je côtoie, rares sont les personnes qui prennent au sérieux les histoires de dépression.

D’ailleurs, lorsqu’on parle de Psychologue ; le mot est très vite associé à la folie. Ou mieux, dans la croyance populaire… la dépression est une maladie de blanc. Ou de riche. Ça dépend du contexte.

J’en parlais il y’a quelque temps avec un ami qui n’a pas hésité à me dire, je cite :

Dépression ? C’est pas un mal ça…Quand tu as faim, que tu as soif, que tu es endetté…Tu n’as pas le temps de déprimer. Tu dois chercher comment t’en sortir.

Peut-être !

Pourtant, des gens s’ôtent la vie. Sans raison apparente. Sans aucun signe que ça n’allait pas. En silence.

En Afrique, être dépressif c’est être marginalisé. Certains l’associent même à du « M’as-tu vu? ». Selon eux, c’est pour se faire voir que l’on prétend être déprimé.

Mieux, beaucoup d’entre nous – africains – se disent qu’il est impossible que l’on soit dépressif, au vu de la forte culture de socialisation dans laquelle nous vivons. Il y’a généralement toujours quelqu’un pour nous écouter.

Pourtant, des dépressifs; il y’en a! Des gens qui se meurent dans un silence impuissant, face à ce qui ne semble pas être une maladie.

Crédit photo Jidaley via pixabay

 

Noire et psy… Le blog !

Il y’a quelques jours, j’ai découvert le blog « Noire et psy ». Un blog où un psychologue partage ses connaissance, analyse des comportements et donne des conseils… très orientés – toute de même – vers les noirs.

Vous serez sans doute tenter de demander pourquoi elle met l’accent sur le « Noire »…Je ne lui ai pas (encore) demandé mais j’estime que c’est sa façon de faire passer son message. Surtout pour le continent.

Son approche simple des différentes situations de la vie encourage les gens qui ne croient pas s’y connaissent pas – à la psychologie – à en apprendre davantage.

Un excellent point pour le blog que je vous invite à découvrir.

Ma thérapie…

J’écris cet article parce que j’ai été chamboulée. Parce que je ne vais pas bien et que voir la détresse de ces filles a été comme un miroir pour moi-même. Le plus bêtement du monde, je me suis demandé pourquoi cette fille – que je ne connais toujours pas – a décidé de mettre un terme à sa vie. Comment a t-elle prit en âme et conscience, la résolution d’en finir ? Comment…mais surtout Pourquoi ?

« Quand tu es la seule personne à te soucier de toi…C’est qu’il est grand temps de couper certains ponts et d’ouvrir d’autres portes »

Crédit photo freepht via Pixabay

C’est cette phrase qui m’a tout de suite traversé l’esprit en jetant un œil sur ma propre vie. Je me suis demandé combien de personnes arrivaient à voir ma tristesse derrière mes sourires ? Ma faiblesse derrière ma force ? Ma peur derrière mon courage ? Mes regrets derrière mes espoirs ?

Je me suis posé la question et la réponse m’a brisé le cœur : Je pourrais les compter sur les doigts de ma main.

Rassurez-vous…Ceci n’est pas un testament ou une lettre d’adieu. C’est simplement une grosse prise de conscience devant ce monde qui nous entoure.

 

Demain, en sortant de chez moi… Je ne serais plus machinale. Je vais tenter de remplacer mes habituels salamalecs par des vraies questions et offrir l’attention qu’il faut pour trouver les réponses. Les vraies.

Ce soir, j’ai rencontré trois jeunes filles qui ont perdu un être cher. Elles ont disparu dans la nuit mais m’ont laissé un bout de leur peine, de leurs regrets.

Et si j’avais fait attention à ses larmes ? Et si j’avais vu qu’elle ne souriait pas ? Et si j’ai ignoré sa tristesse ?

Autant de questions désormais sans réponses.

A vous qui savez détecter un SOS derrière les « Je vais bien » et les faux sourires…Dieu vous bénisse. Vous sauvez des vies.

 

 


Samantha Tracy

A propos de Samantha Tracy

"Samantha Tracy, 27 ans et pas seule dans sa tête". Communicatrice/Journaliste et Graphiste de formation, je suis également slameuse et scénariste junior à mes heures perdues. On dit de moi que je suis pétillante et déterminée. J'ai des choses à écrire et il est important que le monde puisse me lire. Nous lire.


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9 commentaires sur “Dépression…Ce tueur silencieux

  • Alain Guy

    Merci pour cet article fort. Il appelle à l’action. Il demande de faire attention à soi d’abord, d’être realiste sur notre propre état, nos peurs, nos souffrances, notre solitude… Il appelle à prêter attention aux autres. A être de véritables amis quand nous disons que nous le sommes. Personne ne devrait mourrir seul. Et être noir n’est pas une excuse pour se croire au dessus de ces «maladies» des blancs. Merci Samantha. Je suis Alain, et je suis dépressif. Merci pour le blog Noire et psy.

  • Yann Viv

    C’est une problématique qui prend de plus en plus d’ampleur dans la communauté africaine.

    Nous sommes plus à risque quand nous nous retrouvons seuls, loin de chez nous. La famille et la communauté font défaut et on se retrouve la plupart du temps face à soi même. Ce qui n’a peut-être jamais été le cas quand nous étions au pays.

    Merci pour le clin d’oeil Samantha Tracy. En ce qui concerne le terme « Noire » dans Noire et Psy, c’est juste pour souligner que la psychologie n’est pas une affaire de « blancs ». On peut être Noir et étudier la psychologie. On peut être Noir et avoir besoin de l’aide d’un psychologue.

  • Ianjatiana
    Ianjatiana

    🙂 depuis quelques années quand ça va pas bien j’évite de répondre oui tout va bien, je réponds par m’ouais ou bof! lol! je pense que c’est important d’avoir cette poignée de personnes qui savent lire en toi même si tu essaie de paraître bien, même si elles ne sont qu’une poignée…et pouvoir se confier à quelqu’un même juste pour décharger ce poids dans le coeur c’est bien aussi, j’ai quelques amies avec qui on ne se parle pas tout le temps mais avec qui je sais que je pourrais tout dire sans peur et sans honte…et elles savent aussi qu’elles peuvent me confier tout…du coup on se fait nos séances de « divan »…et la conversation commence toujours par « désolée, je sais que ce n’est pas bon de se lamenter mais… » et là l’autre dit « allez je t’écoute… » même si l’écoute ne va rien résoudre, parler ça soulage! 😀

  • Miss Ô

    En ouvrant les yeux ce matin je suis tombé direct sur ton article. Un signe ? Je ne sais pas. Mais mercii vraiment pour cette analyse. Ce sujet je l’ai traité sur ethnilicious et je le traite au quotidien. La dépression cette tueuse silencieuse, tu ne crois pas bien dire. Derrière là joie ,les sourires et les éclats de rire se cache très souvent cette maladie. Oui c’est une maladie n’en déplaise à beaucoup. Aujourd’hui je n’ai plus honte de dire que je suis depressive. Assumer mon état c’est le premier pas vers la guérison. J’ai été suivi par un psy mais on complète le processus de guérison avec notre entourage. Bel article et merci encore.

  • Nkooh Djomby Agar

    Pour avoir moi-même été victime d’une dépression. Je peux vous dire que tout va très vite et si tu n’as personne pour » te mentir » que tout va aller pour le mieux bonjour les pensées les plus noires!…c’est pas » une maladie » de blanc ça peut arriver à tout le monde…un chamboulement dans sa vie qu’on n’arrive pas à dépasser. ..Une relation amoureuse cassée qu’on arrive pas à oublier…une situation financière épouvantable et on arrive pas à trouvert du travail…On perd le goût de tout…et tout ce qui peut vous venir à l’esprit est de quitter ce monde qui vous donne l’impression de ne pas avoir besoin de vous!….je remercie encore de tout mon coeur Hervé Mbouguen Armelle Nyobe Eliane Nyobe,Noura bel kahia ; qui ont compris « ma tristesse à travers mes sourires »

  • Thierry

    Parle Samantha on t’écoute.
    Difficile de s’ouvrir, j’en ai parlé la première fois après trois ans de traversée de désert et dans cette traversée on arrive à cette question au plus profond du désarroi et si j’en finissais ? Qui me regrettera ? Un poids en moins pour les autres. Je n’aurais plus à subir ce mépris, cette situation, cette méchanceté gratuite, le regard lourd des reproches, les mots qui déchirent l’esprit, écorne durablement l’âme…nombreuses sont les questions, motivations, interrogations qui entretiennent la dépression et l’envie d’en finir.
    Ce que j’ai appris : 1. on ne sort pas de cette situation indemne et la restauration prends du temps, 2. on réapprends tout, 3. les amis c’est sacré et il faut parler avec eux, chacun de tes amis a un caractère qui colle avec le tien et il sera à même de t’écouter, pleurer avec toi si il le faut et te donner un conseil judicieux, très souvent c’est un seul mais, aussi gueuler sur toi pour que tu te bouges, 4. la famille c’est sacré il faut la construire et vous serrer les coudes, 5. il faut en parler sans juger ou stresser, on ne traverse pas une situation difficile pour rester les bras croisés en voyant les autres foncer dans le mur, même si on te traite de n’importe quoi, tu prends sur toi, 6….
    J’ai de la compassion pour les trois filles et la famille de la jeune fille partie trop tôt, puisse le Seigneur les consoler et toucher leurs cœurs.

  • Nice

    Bonjour Samantha,
    je viens de tomber sur ton blog et je viens de lire cet article. Sincèrement, tu écris trop bien!
    En rapport à cet article, tu partages là quelque chose de très fort et surtout très vrai.
    Je pense que les habitudes et les conformismes de notre société africaine nous forgent sur le long terme, surtout quand il s’agit d’exprimer nos réelles émotions.
    Merci pour ton article et pour la référence citée dans ton blog. J’irai voir, car il est courant que l’on ne se (je ne me) sente pas toujours aussi bien qu’on (je) le dit (dis).
    Des bisous d’encouragement.