Pasteurs-stars : quand Dieu devient un fond de commerce 1


« Eglise, Dieu ne dort », « Eglise rendez-vous céleste », « Eglise pour la santé spirituelle en Christ »… Je pourrais continuer – pendant des heures – à citer les noms plus ou moins loufoques des églises qui, désormais, s’implantent à chaque coin de rue.

Chrétienne pratiquante, je suis de ceux qui croient réellement en la puissance divine et je témoigne – sans honte aucune – que Jésus est mon Seigneur et sauveur.

Seulement, j’ai un problème. Un gros problème. Les Pasteurs stars.

 

Généralement habillés à la dernière mode, entourés d’une cours de fans fidèles et de garde-du-corps, le verbe facile et une tendance à se croire en constante représentation… Je vous présente les « Pasteurs stars ».

Stars dans leurs églises, créés souvent de leur propre initiative et tout puissants décideurs, ils sont devenus incontournables sur les scènes francophones et anglophones de l’Afrique. A coup de croisades d’évangélisation, de « nuit du destin », de prières prophétiques… Bref événement en événement où – en fin de compte – les seules stars s’appellent « Prophète », « Bishop », « Ministre de l’évangile ».

Bienvenue dans ce monde où la religion est devenue un fond de commerce.

Avant que vous ne continuiez cet article, sachez que je ne citerai ici aucune église comme bonne ou mauvaise, comme vraie ou fausse mais que je reviens simplement sur un phénomène qui fait du mal à la société et au christianisme.

Tu veux être riche ? Crée un bar. Ou une église.

La première fois où je commence à m’interroger sur l’appel de certains de nos pasteurs, date de 2003. Je venais d’avoir 13 ans et un matin, à deux ruelles de chez moi ; j’ai appris qu’on construisait une nouvelle église.

Le futur pasteur de la future église était un « tonton » du quartier. Il s’était réveillé un matin et avait eu la révélation de son appel. Ainsi naquit son église qui, des années après, a su le mettre à l’abri du besoin.

A cet âge là déjà, je me suis demandé si on créait une église comme on crée un bar. Il faut dire qu’à cette période, églises et bars fleurissaient dans ma petite ville de Pointe-Noire.

C’était la période des « églises de réveil » qui naissaient en masse et puisaient de nouveaux fidèles dans les églises catholiques et protestantes du pays, déjà bien implantées.

Un vrai commerce de la foi ! C’était à qui remplirait les anciens cinémas, les stades, les écoles… transformés chaque dimanche en lieu de culte.

Avec l’avènement de ces églises sont venus les Pasteurs stars ! Que dis-je ! Les Bishop, les Prophètes et autres catégories de hauts-gradés du royaume des cieux.

Une toute autre histoire.

Crédit photo VinnyCyro via Pixabay

Pasteur, ce métier qui nourrit son homme…

Enfant, j’avais appris qu’être pasteur était un appel, une vocation, un don de soi. C’était des hommes – et des femmes – qui choisissaient de consacrer leurs vies à Dieu en devenant serviteurs de Dieu.

Et de leurs frères.

Et je pense que c’est là que le bât blesse.

Le Pasteur-star est un « homme de Dieu », très souvent auto-proclamé et à la tête d’une église dont il a été lui-même le fondateur. Il vous dira qu’il a reçu un appel divin, lui donnant l’ordre de créer une église au nom évocateur.

Le Pasteur-star se fait appelé « Papa », il est toujours bien habillé pour « représenter Dieu » et les cultes qu’il officie ont des airs de concert de super-stars.

Comment ?

L’entrée en grande pompe, entourés de « gardes du corps » ou simplement de frères, responsables de sa sécurité. Les foules de fidèles se battent pour essayer de le toucher, hurlant à tue-tête son nom.

Il n’intervient pas avant qu’un « prophète » ait chauffé la salle. Ordonnant aux mauvais esprits de s’en aller et demandant au Saint-Esprit de se révéler. Après cette « première partie », le Pasteur-Star prendra enfin la parole.

Je n’entrerai pas dans les détails du vrai ou du faux. Qui suis-je pour le faire ? N’empêche que trop souvent ces Pasteurs – stars sont davantage mis au devant de la scène. Tellement qu’on oublie parfois qu’ils disent porter un message de salut. Mais là encore c’est une autre histoire.

Le Pasteur- star vit aux dépends de ses fidèles fans. Et pour la petite histoire, il y’a quelques années, pendant un culte le Pasteur a prit la parole pour encourager les fidèles à soutenir le petit commerce de « mama Pasteur ».

Je reprends ses mots.

C’est Dieu qui a décidé que nous fassions ce ministère. Nous n’avons pas de salaire. C’est vous qui nous donnez. Si vous ne soutenez pas le commerce de votre maman, qui va le faire ?

Mieux. Un jour, alors que j’étais chez elle, une grande sœur a reçu un appel disant que le propriétaire du local où l’église – dont elle est membre – était installée, réclamait son loyer. Engagée avec quelques autres personnes à payer ledit loyer, il manquait sa part pour que le paiement soit fait. Elle traversait une période très dure à ce moment et a dû s’endetter pour répondre à ses obligations.

Je vais faire court et éviter de parler du commerce qu’ils font, sous couvert de Dieu : vente d’huile d’onction, d’eau bénite, d’huile de massage spirituel… Un vrai business.

Il faut le dire ! Beaucoup de Pasteurs, sous leurs statuts d’ « hommes de Dieu » se font entretenir par leurs fidèles, mettant en avant leur saint-sacerdoce.

Autant dire que « Pasteur » est un métier qui nourrit bien son homme.

Crédit photo Geralt via pixabay

Ignorance ou fanatisme ?

La Bible dit « Mon peuple périt, faute de connaissance » (Osée 4:6). Vous connaissez sans doute cette phrase.

Je suis loin d’être une sainte mais j’ai trouvé dans le christianisme, la vraie définition de l’amour. Une notion qui fait que je suis en constante recherche de réponses à mes questions. Aussi, j’ai bourlingué (et je bourlingue) dans différentes églises, différentes doctrines, différentes pratiques du culte.

Je reste pourtant bouche-bée lorsque je vois comment les gens se plient à certains rituels, sans en connaître le pourquoi. Simplement, parce que « Mon Pasteur a dit ».

Sérieusement ?

Vous verrez ainsi dans de nombreuses églises, des fidèles qui donnent plus de crédit à l’interprétation de la Bible faite par leur Pasteur qu’à ce que la Bible dit elle-même.

« Amen » qui signifie « Qu’il en soit ainsi » est d’ailleurs le mot le plus dit lors des cultes. Un « Amen » à tout et à rien.

Pour la petite histoire, cette vidéo, de ce Pasteur – très connu en Cote d’Ivoire – qui gifle une dame et menace l’assemblée entière de mort. Réponse commune ? Amen. Qu’il en soit ainsi.

 

Avec le temps, l’Afrique est un des continents où la religion – peu importe laquelle – est la plus pratiquée. C’est un art de vivre, c’est une obligation du quotidien. Selon certaines études, la pauvreté et la misère poussent de nombreuses personnes à la rencontre de ces Pasteurs-stars qui prêchent un évangile de prospérité et de guérison. Ils promettent monts et merveilles et en retour, demandent – sournoisement – à ce que les fidèles passent à la caisse.

Il faut donner pour que Dieu vous donne.

Dieu, ce fond de commerce…

Je n’ai rien contre les églises. Je n’ai rien contre les croyances et les doctrines des uns et des autres. Le salut, c’est ce que l’on dit, est individuel.

Mais comme je le disais au début de ce billet, j’ai un GROS problème avec ces Pasteurs – stars qui « au nom de Dieu », s’appuient sur la misère des uns et sur les souffrances des autres, pour se faire un nom.

Ils vivent tels des Patrons d’entreprise, voyageant ici et là ; donnant des conférences à travers le monde, s’attelant à partager le message du salut.

Jusque là, je n’ai aucun problème avec ça. Chacun devrait d’ailleurs pouvoir partager sa foi, sans blocage aucun.

Mais où est passé l’humilité ?

Celle qui se lit dans chaque ligne qui parle de Christ, le modèle par excellence de chaque chrétien. On ne peut pas se dire « serviteur de Dieu », sans pour autant servir les personnes autour de vous. Impossible !

Pourtant, c’est ce qui se fait.

Je disais donc que j’ai un gros problème avec les « Pasteurs stars ».

Ceux qui font des shows – Non, ce ne sont plus des cultes – en costume cravate de marque, pendant que leurs « brebis » sont dans la misère.

Ceux qui étalent leurs richesses, prétextant « l’évangile de la prospérité » et arguant que leur donner, c’est donner à Dieu.

Ceux qui critiquent les autres églises et les autres religions dans le seul but de remplir LEURS églises.

Ceux chez qui le Saint-Esprit a des horaires, des jours et des prix de consultation définis à l’avance. Tu veux le mariage ? Vient le jeudi. Tu veux le boulot ? C’est le mardi.

Vous l’avez certainement compris mais je le répète encore : j’ai un GROS problème avec les « Pasteurs – stars ». Si vous en connaissez – PARDON – faut leur dire que Jésus c’est pas leur camarade.

Bisous.


Samantha Tracy

A propos de Samantha Tracy

"Samantha Tracy, 27 ans et pas seule dans sa tête". Communicatrice/Journaliste et Graphiste de formation, je suis également slameuse et scénariste junior à mes heures perdues. On dit de moi que je suis pétillante et déterminée. J'ai des choses à écrire et il est important que le monde puisse me lire. Nous lire.


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