Samantha Tracy

Merci pour ce moment…

Elle lut la notification du nouveau message reçu par son homme. On pouvait y lire : « C’était très bon, tout à l’heure. Merci pour ce délicieux moment ».

Le téléphone avait vibré et dans un élan de curiosité, elle avait jeté un coup d’œil à la notification qui venait de s’afficher sur l’écran de son homme.

Ils venaient de rentrer d’une soirée arrosée. Durant le trajet en voiture, leurs corps s’étaient cherchés, leurs yeux s’étaient croisés et leurs langues s’étaient goutées. Passionnément, goulûment, indécemment.

A présent, il était sorti de la douche et se tenait nu devant elle. Elle frissonna. Il était grand, beau et décidemment gâté par les dieux. Elle le voulait et son regard à lui seul était la promesse solennelle qu’elle rejoindrait un à un, les sept cieux.

Mais… Le téléphone avait vibré et elle avait vu la notification qui s’était affiché sur l’écran de son homme.

Il y en avait donc une autre.

Eden avait rencontré Nathan lors du mariage d’un de leurs amis. Ils avaient été installés tous les deux à la table des célibataires et avaient fini par rentrer ensemble. Ce soir-là, ils avaient parlé pendant des heures dans la garçonnière de Nathan et s’étaient séparés au petit matin.

Non, il ne s’était rien passé. Pas même un seul baiser volé.

Puis ils s’étaient revus et avaient entamé une relation avec ses hauts, ses bas, ses joies et ses trahisons. Cela faisait bientôt trois ans qu’ils se fréquentaient assidument.

Eden était le feu et Nathan, l’eau. Ils se complétaient autant qu’ils s’aimaient. Ils vivaient à deux cents à l’heure. Ils étaient jeunes, beaux et plein de rêves.

Nathan avait rejoint Eden dans le lit. Elle était allongée sur le ventre. Son corps fin s’étalait sur les draps blancs. Il passa sa main sur sa cuisse et remonta vers son dos. Elle sentit son membre durcir contre elle et se cambra un peu plus. Il l’embrassa dans le cou et descendit vers sa poitrine. Il connaissait chaque courbe du corps d’Eden et elle, savait comment le rendre fou, sans faire un seul geste.

Ils se connaissaient. Tellement.

Beaucoup trop.

Nathan sentit que l’esprit d’Eden était bien loin de leurs ébats.

–  Qu’est-ce qui ne va pas ?

Elle se retourna et lui fit face. Des larmes ruisselaient doucement sur son visage. Elle essayait de comprendre ce qui se passait. Nathan avait donc une autre femme dans sa vie ?

L’idée même lui paraissait insoutenable.

Un soir, après qu’ils se soient disputés, Nathan s’était réfugié chez son ex. Il était rentré le lendemain et sans crier gare, avait avoué à Eden qu’il l’avait trompée. Elle était partie. Il l’avait suivie sous la pluie et l’avait rattrapée alors qu’elle tentait de prendre un taxi. Sous cet orage, il s’était agenouillé et avait imploré le pardon de sa dulcinée. Elle avait cédé.

Depuis, ils avaient tenté de se reconstruire. Lentement mais surement. La confiance qu’Eden avait perdue était revenue peu à peu puis leur complicité avait repris le dessus. Elle demeurait le feu et lui, l’eau.

Elle pleurait.

Il chercha ses lèvres et elle, à l’aveugle, s’empara du téléphone. Il lui embrassa l’épaule, elle lui tendit le téléphone.

–  C’est qui ?

Il regarda rapidement l’écran puis se redressa à demi.

Il ne voulait pas en parler. Il ne voulait plus en parler.

–  Je l’ai revue.

Nathan n’en dit pas plus. Il savait qu’Eden comprendrait.

Il avait été pendant longtemps en couple avec Ayem. Pendant trop longtemps. Lorsqu’ils avaient rompu, il avait eu du mal à s’en remettre. Après cinq ans de vie commune, Ayem s’était envolée pour Londres, sans un regard pour lui. Un an après son départ, il s’était reconstruit et avait fait de la place à Eden, dans sa vie. Seulement, dès que Ayem revenait pour des vacances ou autres, il accourait. Pendant tout le temps de son séjour, il était à disposition. Il profitait de ces courts moments, oubliant en même temps Eden.

C’était devenu une routine. Ayem débarquait chaque année pour ses vacances et lui, trouvait le moyen de passer du temps avec elle. Ensuite, elle reprenait son avion et lui, retrouvait Eden. Son Eden.

Un soir, après qu’ils se soient disputés, Nathan était parti rejoindre Ayem. Encore une fois. Ce soir-là, en rentrant, il avait tout avoué à Eden et avait promis de tourner la page qu’était Ayem.

Mais il avait cédé. Encore.

Eden le savait donc. Eden, toujours allongée sur ces draps blancs, le regard embué de larmes et les lèvres tremblotantes.

Il la prit dans ses bras. Doucement. Tendrement.

Elle se laissa faire et chercha à nouveau ses lèvres. Il l’embrassa. Passionnément, goulûment, indécemment.

Leurs corps se cherchèrent, leurs regards se croisèrent, leurs lèvres se goutèrent encore et encore.

Nathan ressenti un picotement dans le bas de son ventre. Eden appuya un peu plus sa poitrine contre la sienne et glissa, innocemment, sa main sur l’entrejambe de son homme.

Jamais Nathan n’avait vu Eden aussi entreprenante. Il l’imagina ainsi offerte à lui et se durcit. Il la désirait à en avoir mal.

Eden saisit fermement le membre gorgé de sang. Elle le sentit durcir entre ses doigts. Elle sourit. Lui, il gémissait doucement, à chaque va et vient qu’elle effectuait.

Ils s’emmêlèrent et ne firent plus qu’un.

Ils gémissaient à l’unisson et ne faisaient plus qu’un. Elle cria son nom. Il lui murmura qu’il l’aimait.

Ils s’endormirent.

Nathan se réveilla alors que le ciel s’assombrissait. Le vent, qui faisait claquer les volets, avait fini de le réveiller. Il chercha Eden entre les draps. Elle n’était plus là.

Il l’appela. Elle ne répondit pas.

Son téléphone vibra. Il lut la nouvelle notification reçue. Eden venait de lui écrire un message.

« C’était très bon, tout à l’heure. Merci pour ce délicieux moment ».


Donc Aphtal a lancé un challenge à Befoune. Il était question qu’elle écrive un texte en partant du premier pragraphe de ce texte. Tchonté a ressenti le besoin d’écrire et s’est greffée au challenge. J’ai collé le wagon à mon tour.

Voilà où on en est.

Crédit photos : NGPhotos via Iwaria


Maîtresse d’un homme marié, la série sénégalaise qui casse les codes

Le wolof, la langue nationale du pays de la Teranga, n’aura jamais été autant sexy que depuis quelques mois. S’il est vrai que les réseaux sociaux – Twitter en particulier –  pullulent de références sur les succès hollywoodiens Game of thrones et Avengers : EndGame, il n’en demeure pas moins qu’un « outsider » a su se faire la belle part sur la Twittosphère africaine francophone : la série sénégalaise Maitresse d’un homme marié.

Des dialogues en wolof, des acteurs locaux et une diffusion nationale… Tout était pensé pour que la série ait un attrait local. Mais c’était sans compter sur la magie d’Internet et la puissance d’un sous-titrage en français.

Retour sur la grande histoire d’une petite série qui fait parler d’elle.

Recadrons les choses. Je m’appelle Samantha, je suis congolaise, je vis au Sénégal et mon niveau de wolof se situe quelque part entre le « Nanga Deff » *glissé à mes collègues et « Niatala ? »* glissé à un vendeur à Sandaga*. Vous comprendrez donc que je ne suis pas forcément la cible des séries télévisées locales dont les dialogues sont majoritairement en wolof.

Seulement, depuis quelques semaines, je suis une groupie assumée de la série télévisée Maîtresse d’un homme marié. Oui ! Rien que ça ! Une série en wolof, made in Sénégal et qui, a priori, ne m’avait pas identifiée comme potentielle cible.

Mais aujourd’hui – c’est un fait – nous sommes des centaines de jeunes africaines (hommes et femmes) ne parlant pas wolof et désormais obnubilés par les aventures de Marème, Lalla, Dialyka, Racky et Dior.

A la découverte de cinq jeunes femmes…

Dans un Dakar suspendu entre tradition et modernité, Maîtresse d’un homme marié retrace la vie de cinq femmes. Si le titre semble, de premier abord, lié aux problèmes conjugaux, la série met en avant des femmes dont les existences et les histoires interpellent.

Dialyka est une jeune femme dans la trentaine. Épouse, mère de famille et cadre dans une entreprise, elle semble avoir une vie de rêve. Pourtant, dans le secret de sa maison, elle subit les coups et les injures de son mari, l’indifférence de sa belle-mère et le côté traditionaliste de son père.

Sa meilleure amie, Dior, se veut indépendante, libre de ses actes et n’ayant de comptes à rendre à personne ; pourtant derrière son apparence de rebelle se cachent bien des problèmes.

Vient ensuite Racky, jeune femme au passé tumultueux qui entretient une relation complexe avec sa mère. Abusée depuis son plus jeune âge, Racky a une peur maladive des hommes mais en même temps souhaite s’affirmer dans une carrière que l’on dit réservée aux hommes.

Lalla, elle, est la femme africaine par excellence ! Ou du moins, comme la décriraient plusieurs stéréotypes : soumise, patiente, à l’écoute ; elle est épouse, mère, belle-sœur et belle-fille parfaite.

Enfin, Marème est la « maitresse d’un homme marié » et doit vivre avec les restrictions dues à son « titre ».

Ces choses qui ne se disent pas…

J’ai entendu parler de la série Maîtresse d’un homme marié après qu’une polémique ait éclaté sur les réseaux sociaux au Sénégal. En effet, une plainte aurait été déposée devant le Conseil national de régulation de l’audiovisuel accusant la série, principalement, de dépravation de mœurs.

Les débats ayant été lancés, j’ai été curieuse de voir par moi-même ce qu’était cette série et pourquoi elle faisait couler autant d’encre et… de salive.

Produite par Marodi, la série se présente comme une chronique qui raconte des histoires de femmes, au plus près. La réalisatrice et scénariste Khadija Sy met en avant des histoires communes, inspirées du quotidien de femmes sénégalaises, pour mettre au jour ce qui se fait dans le secret.

Loin des habituelles histoires de tromperies abordées par les séries locales, Maîtresse d’un homme marié met le doigt sur des problèmes de société : violences faites aux femmes, alcoolisme, démission parentale, poids de la culture, autonomie de la femme, vie professionnelle, kidnapping d’enfants, secrets d’hommes… Tout y passe.

S’il est vrai que Modou mécanicien a bien fait sourire, il n’en demeure pas moins que c’est avec sérieux et subtilité que d’autres thèmes ont été abordés. Et pour cela, standing ovation au travail d’écriture.

Cette série qui dérange…

Je l’ai dit plus haut, mon niveau de wolof est pitoyable. Surtout lorsqu’on a vécu 13 ans au pays du Thiep Bou Dieune. Oui, j’ai honte . Mea culpa. My bad. Balma !

Par contre, en 13 années vécues au pays de la Teranga, j’ai pu constater à quel point le « Soutoura » – la pudeur, la discrétion à la sénégalaise – était au cœur de presque toutes les relations, les échanges, les réalisations.

Au Sénégal, on ne dit pas toujours tout haut ce qu’on pense déjà très bas. Sauf dans les cas exceptionnels du genre de la blogueuse NK ou… de Maîtresse d’un homme marié.

Parce qu’à en croire une partie des sous-titres en français et le wolof natif de certains de mes amis, dans la série… les termes sont loin d’être pudiques, les expressions non plus. Bien plus, les faits relatés ressemblent drôlement au vécu de certaines personnes qui ont l’apparence de sainteté mais qui, dans le secret de leur chambre, font de bien drôles de choses. Bref, c’est ce qui dérange !

Marème, par exemple, est une femme qui assume ouvertement son statut de « maitresse » aka de « tchiza », tandis que Racky, cette femme qui exerce un métier d’homme, ose dénoncer les abus dont elle a été victime. Avec ça, il y a Dior, cette femme trop indépendante ; Dialycka qui brave l’autorité parentale et Lalla…qui cache bien son jeu. Oui, un cocktail trop dur à boire pour les puristes.

Maîtresse d’un homme marié vient casser les codes habituels et traditionnels de la société sénégalaise. Elle donne la parole à des femmes qui se prononcent et qui dénoncent, des femmes qui n’ont pas peur d’être mises à l’index ou de ne pas correspondre aux attentes. Elles montrent des femmes qui veulent suivre leurs rêves, envers et contre tous.

Cette série, peut-être trop en avance sur son temps, montre un revers de la médaille de la société sénégalaise… et ça, naturellement, ça dérange.

Une série à multiples dimensions…

S’il est vrai que la série se passe à Dakar et que les contextes ne se ressemblent pas toujours, elle touche d’une façon ou d’une autre des réalités propres à l’Afrique.

Depuis que la série a commencé à être sous-titrée en français, une audience panafricaine s’est largement développée. De la Côte d’Ivoire au Togo en passant par le Cameroun et le Bénin, de plus en plus de personnes suivent avec attention l’évolution de la série de Marodi.

Vu sur Twitter. Les internautes d’ailleurs suivent avec intérêt.

Chaque semaine, c’est avec passion que les internautes se signalent l’ajout de sous-titres sur les vidéos publiées sur Youtube avec le hashtag #MaitresseDunHommeMarié.

Elle suscite des débats sur des thèmes qui passionnent et abordent, enfin, certains sujets d’un point de vue féminin et authentique.

 

Je n’en suis qu’à l’épisode 25 et je guette avec impatience les épisodes à venir. Les rebondissements sont intéressants et le jeu d’acteur est plutôt bon. Maîtresse d’un homme marié est, à mon humble avis, une série à suivre. Elle casse les codes (oui, je l’ai déjà dit mais il faut le répéter), elle aborde des sujets sensibles et mesdames, le trio Cheikh-Birame-Moustapha est un régal pour les yeux. Ce n’est même pas discutable.

Plongez avec moi à la découverte d’un Dakar différent où derrière chaque porte se cache une histoire, un secret, des peurs et des joies.


* Nanga Deff : Bonjour

Niatala : C’est combien ?

Sandaga : Marché bien connu de la capitale sénégalaise.


Génération Mbappé, Neymar ou Messi : les Tchizas ne se cachent plus.

Tchiza. C’est le terme à la mode. Pour certains, une insulte et pour d’autres, une consécration. Toujours est-il qu’il ne passe pas inaperçu sur la toile et dans les foyers depuis que la guerre entre Tchizas et titulaires a été déclarée.

La Tchiza ou Tchizambengue dans sa version longue, est un terme rendu populaire par la chanson éponyme de la chanteuse gabonaise Shan’L. Il fait référence aux « maîtresses », autrefois appelées « 2eme bureau » et désigne les femmes qui entretiennent une relation amoureuse avec un homme déjà marié.

En règle générale, ce sont de jeunes femmes entre 16 et 35 ans. Elles sont jeunes, jolies et suffisamment courageuses pour entendre s’imposer face à une relation. Elles connaissent, pour le grand nombre, leur place de « 2eme bureau », les habitudes de Monsieur et l’existence d’une « dame » dans le foyer. Il y a encore quelques années, elles s’offusquaient d’admettre leur statut de « voleuse de mari ». Aujourd’hui, elles l’assument.

Parmi ces Tchizas assumées, il existe différentes catégories qui varient selon l’âge, les objectifs ou l’ambition. Sur Internet, des « petits noms » leur ont été attribués. A chacune de se caser.

La Génération Mbappé

Elles ont entre 16 et 25 ans. Leur « surnom » est tiré du nom du jeune champion du monde de foot Kylian Mbappé. Elles sont généralement élèves ou étudiantes, viennent de familles modestes et aiment mener la grande vie. Jeunes, rebelles, en quête d’argent facile, elles se font entretenir par un homme plus âgé, souvent marié et père de famille.

Elles n’attendent généralement rien de lui, si ce n’est des avantages financiers pour épater leurs copines. Elles n’ont pas la prétention d’éjecter la « titulaire » de son rôle de femme au foyer et sont assez discrètes. Elles ont souvent des « petits gars », leurs amoureux officiels, qui savent ou pas qu’elles « bouffe l’argent » d’un « papa ».

La génération Neymar

Tout comme le footballeur brésilien, elles ont entre 26 et 29 ans. Ce sont des jeunes femmes conscientes de leur potentiel amoureux et de leurs charmes. Elles ne se contentent plus de petits cadeaux ou de sorties en boite de nuit. Elles rentabilisent leur relation avec les hommes mariés et entendent bien bénéficier d’autant de droits que la « femme officielle ».

Elles exigent que l’homme leur accorde suffisamment de temps, qu’il paye un appartement et/ou des voyages. Elles savent où elles vont et pour beaucoup, mène leur homme à la baguette.

La génération Messi

Elles, elles ont entre 30 et 35 ans et tout comme la légende du Football Lionel Messi, elles ont un passé plus ou moins glorieux. Pour beaucoup, elles ont été longtemps les petites amies/Tchiza sans que cela n’aboutissent à une relation sérieuse. A présent, elles souhaitent se « caser ». Beaucoup d’entre elles ont passé des années de relation avec un homme marié qui leur a fait miroiter de mettre fin à son mariage. Elles sont connues des « titulaires », et parfois de la famille du Monsieur ; pour les cas les plus poussés, elles ont un enfant avec le principal intéressé. Elles ne se voient plus comme des « maîtresses » mais comme des coépouses encore non-déclarées. Pour la plupart d’entre elles, la prochaine étape est le divorce de Monsieur.

En Afrique aujourd’hui, le phénomène des Tchiza prend une ampleur considérable. La dernière altercation entre une titulaire et une tchiza a fini de mettre ces dernières au centre des projecteurs. En effet, dans cette affaire, la « maîtresse » d’un homme marié a été violentée et séquestrée par l’épouse. Les vidéos de cette maltraitance ont ensuite été publiée sur les réseaux sociaux et ont provoqué une vague de contestations pro-tchiza ou en soutien à la titulaire.

D’ailleurs, l’histoire n’est pas sans rappeler celle de la désormais célèbre Nathalie Koah dont la relation avec Eto’o fils, a longtemps alimenté les chroniques. Érigée en exemple de réussite, présente dans le clip de Shan’L, elle donne à elle seule l’impression que « Tchiza » est la nouvelle orientation amoureuse à adopter.

Dans ce brouhaha digital sans nom, une question semble passer inaperçue. Quelle est donc la responsabilité de l’homme ? Parce que oui, on en revient à ça ! Des femmes se battent, se violentent et s’affichent pour les faveurs d’un homme qu’on ne voit pas. Et tout cela semble normal.

Finalement, dans cette guerre entre titulaires et tchizas, il n’y a qu’un seul gagnant. Appelez-le « Monsieur » tout simplement.


Crédit photo : Photo by Rachel Pfuetzner via Iwaria


CHACONA : Chers frères congolais, indignez-vous…ou continuez de vous taire.

Dieu sait que j’avais juré de ne plus écrire sur le Congo. Dieu sait que je m’étais fait la promesse de fermer les yeux parce que finalement rien ne changeait et que même ceux sur qui je comptais pour que les choses aillent mieux avaient décidé de vendre leurs âmes et leurs convictions. Qui étais-je donc pour continuer à crier à gorge déployée que ça va mal au Congo et qu’il était plus que temps de l’on se lève pour que les choses changent ?

Dieu sait que j’avais juré que je ne parlerai plus des frasques ceux là qui sèment jour et nuit la misère dans la vie de milliers de congolais.

Mais permettez donc que je déroge à ma propre règle.

« Une vingtaine de jeunes avaient été interpellés dont seize ont été placés en garde à vue au commissariat de Chacona [dans le quartier de Mpila]. Dans la nuit du 22 au 23 juillet, treize d’entre eux sont morts », a déclaré le ministre Raymond-Zéphirin Mboulou en réponse à une question à l’Assemblée nationale – Source Le Monde.

16 jeunes auraient donc été interpellés suite au décès d’un homme dans leur quartier de Brazzaville. Ces jeunes auraient été mis en cellule et 13 d’entre eux sont morts. 13 jeunes congolais sont morts après avoir été interpellés. Comment voulez-vous que je me taise ? Comment voulez-vous que je fasse semblant que tout va bien et que je continue de me taire à coup de #AllonsSeulement ?

Selon LE MONDE, quelques jours plus tôt (le mardi 24 juillet en l’occurrence), le Ministre de la Communication Thierry Moungalla avait déclaré sur les ondes de Radio France Internationale

« Il ne s’est rien passé au commissariat ».

Selon lui, « deux bandes se sont affrontées de manière très violente sur la voie publique » avec pour conséquence « la mort de plusieurs hommes ».

Depuis le Porte-Parole du gouvernement aurait nuancé sa déclaration, en affirmant qu’il n’avait fait que transmettre une information reçue comme telle. Une justification qui, sans excuses, n’avait pas lieu d’être.

Capture d’écran – Compte Twitter du Porte-Parole du Gouvernement congolais

Mais avait-il vraiment tort en disant « Il ne s’est rien passé » ? Je ne pense pas non !

J’ai attendu depuis deux jours maintenant que des voix se lèvent, que des jeunes parlent, que des autorités disent autre chose que des messages sans fonds à la gloire du pouvoir en place…mais rien !

Le plus drôle c’est qu’il y a quelques semaines, un opérateur téléphonique faisait des siennes. Il fallait voir le nombre de personnes qui ont parlé, twitté, mis des posts Facebook et autres. Aujourd’hui, 13 des nôtres ne sont plus. Combien ont jugé utile d’en parler ? Combien ?

Il n’a pas forcément tort M. Moungalla.

13 jeunes congolais sont morts, il n’y a aucune explication et RIEN, je ne vois rien. Où sont vos interrogations ? Pourquoi je n’entends pas votre désolation ?

Rue de Brazzaville / Crédit photo : Wikimedia

Je ne m’attends pas à ce que la jeunesse congolaise se lève pour protester. Je n’enverrai aucun de mes frères dans la rue pendant que je suis derrière un écran. Ce serait injuste de ma part. Mais ne suis-je pas en droit d’attendre que vous dénonciez ? Que vous puissiez exiger des réponses ou même simplement que vous en parliez ?

Venance Konan a publié un livre récemment, dont rien que le titre est inspirant. « Si le noir n’est pas capable de se tenir débout…Laissez-le tomber ». Je vais me permettre de reformuler.

« Si le Congolais n’est pas capable de se tenir debout…Laissez le tomber »

J’avais décidé de ne plus écrire à propos du Congo. J’avais promis que je crierai plus sur les toits pour dénoncer ce qui ne va pas. J’avais juré que je me tairais et que je regarderai faire.

Je regarderai mes frères qui écument les bars à la recherche d’une bouteille de bière qui coûte moins cher que de l’eau…

Je regarderai mes frères qui continuent de travailler avec des mois de salaires impayés…

Je regarderai mes frères qui trouvent que c’est normal de vivre dans l’insalubrité…

Je regarderai mes frères qui savent que 13 de nos frères sont morts et qui se taisent. Encore.

Je me répète. Jamais je n’enverrai un frère dans la rue alors que je suis derrière un écran. Mais INDIGNEZ-VOUS !

De grâce, indignons-nous. Au moins cela. Partageons l’information pour qu’au moins d’autres sachent ce qui se passe de notre côté de la terre. Ne laissons pas ces morts finir dans nos nombreux faits divers.

INDIGNONS-NOUS.

Ou alors, continuons de nous taire et la prochaine fois, ce sera pire. Ce sera chaque fois pire.Et nous n’aurons rien à dire.

La blogueuse Dave a écrit ce texte, plein de sens.

Moi, je n’ai plus rien à dire.

A ce stade de mutisme, je pense que nous avons les dirigeants qu’on mérite.


Ramadan au Sénégal : le kit de survie du non-jeûneur

Nous y voilà. Le mois béni du ramadan est là. Au Sénégal, où 98% de la population est musulmane ; le pays entier entre dans une chorégraphie savamment orchestrée durant laquelle les horaires de travail, le rythme quotidien, les obligations familiales, les soirées et autres sorties seront conditionnés par le lever et le coucher du soleil.

Autant vous dire que si vous ne jeûnez pas, ça va être assez compliqué. Alors pour vous accompagner durant ce mois, voici le « kit de survie du non-jeuneûr » pour comprendre et bien vivre ce mois au Sénégal et notamment à Dakar.

Le Ramadan à Dakar…

Je me souviens de mon premier ramadan au pays de la Teranga. Je venais d’arriver du Congo où la majorité de la population est chrétienne, je n’étais donc absolument pas préparée.

Pour la petite histoire, après une folle journée, j’ai pris un bus pour rentrer. Il faisait chaud et j’étais affamée. C’est donc tout naturellement que j’ai sorti un hamburger de mon sac et que je l’ai mangé. Dans le bus. Jamais je n’avais vu autant de regards « assassins ». #MeaCulpa

Mais avant que je ne me lance dans le vif du sujet, savez-vous ce qu’est le ramadan ?

  • Le ramadan est le mois saint durant lequel les musulmans du monde entier – à compter d’un certain âge – s’abstiennent (notamment de manger, de boire, de fumer, d’avoir des relations sexuelles,…) du lever au coucher du soleil.
  • C’est le seul mois dont le nom figure dans le saint Coran
  • Le ramadan est un des cinq piliers de l’Islam
  • Ce mois est placé sous le signe de la charité
  • Durant ce mois est célébré « La nuit du destin ». C’est la nuit considérée comme la nuit la plus sainte de l’année et elle commémore la nuit durant laquelle le Saint Coran aurait été révélé au prophète Mahomet (PSL).

Au Sénégal, comme dans de nombreux pays à majorité musulmane, le mois de ramadan est spécial. Aussi, de nombreuses mesures sont prises en compte dans le fonctionnement quotidien, afin de permettre au plus grand nombre de passer ce moment dans les meilleures conditions.

Que ce soit dans les entreprises, les établissements d’enseignement, les commerces…Tout le monde passe à « l’heure ramadan ».

  • Heures de travail réduites : Beaucoup de sociétés permettent à leurs employés de rentrer plus tôt, en supprimant la pause de midi par exemple. Ainsi, en faisant une journée continue, elles permettent à leurs employés de rentrer une ou deux heures plus tôt.
  • Heures de cours revues : Dans de nombreux établissements supérieurs, les cours habituels du soir sont avancés. Ainsi, l’horaire habituel de 18h à 21h passe très souvent de 17h à 19h. Et beaucoup d’établissements offrent le nécessaire pour la coupure du jeûne.
  • Les soirées / activités en « sommeil » : Lors du mois béni de ramadan, le « Dakar by Night » est endormi lui aussi. Hormis de très rares soirées, la plupart des promoteurs de la nuit se mettent en sommeil.

Le « Ndogou », la coupure du jeûne à la sénégalaise

Le terme « Ndogou » est un mot wolof qui veut dire « Couper » et qui fait référence pendant le ramadan, à la coupure du jeûne au crépuscule.

Il se compose généralement d’un breuvage sucré (et chaud de préférence) et de fruits. Très souvent, de dattes. Dans la version plus « copieuse », il vous rappellera un brunch assez tardif : viennoiseries, jus de fruits, saucisson de bœuf, omelettes, yaourt,…

Il précède le dîner qui, lui ; se prendra un peu plus tard.

Crédit photo : Islam.

A Dakar, le Ndogou est un moment privilégié, qu’on soit musulman ou pas. Lorsque l’heure sonne, où que vous soyez ; vous assisterez à un moment de solidarité très touchant. Dans le bus par exemple, il y aura toujours quelqu’un qui fera circuler un sachet rempli de dattes sucrées et même quand vous direz « Je n’ai pas jeûné, moi », on vous encouragera tout de même à piocher une datte et à faire circuler à votre tour.

De plus, de nombreuses initiatives allant dans le sens d’offrir un « Ndogou » à tout le monde se mettent rapidement en place. Vous verrez donc dans les quartiers, des groupes de jeunes entrain de chauffer de grandes marmites de café qu’ils offriront aux passants et aux chauffeurs coincés dans les embouteillages  et encore loin de chez eux pour « couper » le jeûne.

Certaines associations à l’image de « la marmite du cœur » s’emploient chaque année à offrir des « ndougou » aux personnes démunies ou tout simplement à créer une ambiance chaleureuse dans les rues, pour qui voudrait un peu de café, un bout de pain et quelques dattes.

Offrir le « ndogou » lors de la période du ramadan est un symbole fort pour chaque musulman. Et s’il est vrai que je me plains parfois de la teranga qui a déserté les rues de Dakar, je peux dire sans me tromper qu’avec le ramadan, le mot hospitalité n’a jamais autant été valorisé au Sénégal.

D’ailleurs, que vous jeûniez ou non ; vous aurez certainement de nombreuses invitations à aller prendre le ndogou avec des familles sénégalaises qui n’hésitent pas à ouvrir leurs portes à qui veut bien venir.

Un moment privilégié de fraternité et de partage durant lequel l’esprit et le corps sortent forcément rassasiés.

Vous ne jeûnez pas ? Pas de panique !

Je l’ai dit au début de ce billet. Le Sénégal est un pays à 98% musulman. Ce qui fait que la grande partie de la population est impliquée dans le jeûne et connaît donc les réalités qui vont avec. Si vous ne jeûnez pas et que c’est la première fois que vous passez le mois de ramadan au Sénégal, prenez des notes !

  • S’approvisionnez en PAIN : Avant le lever du soleil, les familles prennent le 1er repas de leur journée. Ils ne prendront le prochain qu’au crépuscule. Aussi, les boulangeries / boutiques de quartier sont ouvertes dès 4 heures pour permettre aux mères d’acheter du pain. Autant vous dire que si vous arrivez à 9 heures pour prendre du pain – surtout chez le boutiquier du coin – il y a de très fortes chances que vous ne trouviez rien.  La solution ? Il y a généralement une « livraison » de pain juste avant l’heure du Ndogou. Pensez à prendre du pain pour le lendemain !
  • Les longues queues au Supermarché : A l’heure du Ndogou, c’est la ruée vers les supermarchés/ boulangeries. Vous trouverez des queues interminables dès 16h30. Si vous le pouvez, essayez de faire vos courses bien avant cette heure. Vous gagnerez beaucoup de temps !
  • Manger en public : Là, c’est le nerf de la guerre. En règle générale, si vous prenez le bus en plein mois de ramadan et que vous décidiez de manger dans le bus, vous serez très très mal vu. Oui ! Confère mon expérience racontée plus haut. Si il est vrai que peu de personnes auront le réflexe de vous dire clairement que vous dérangez, les regards peu avenants se chargeront de le faire. Donc, si vous arrivez gérer la pression des regards des gens, bonne chance hein!
  • Tenir compte des « heures du ramadan » : Si vous souhaitez organiser une activité lors du mois de ramadan et que vous souhaitez obtenir le plus de participants possible, programmez-là après 20h ou alors, prévoyez un Ndogou/dîner pour les personnes présentes sur place.
  • Les embouteillages : Je ne pense pas avoir besoin de le préciser…mais faisons-le tout de même. Durant le mois de ramadan, les horaires changent et donc, tout le monde se retrouve dehors quasiment en même temps. Imaginez ce que ça peut créer comme embouteillages ! Un seul conseil à ce sujet : Soyez patients.

Voilà ! Vous savez désormais ce qu’est le Ramadan, ce que ça implique et surtout comment vous devriez faire pour ne pas être dépassés par l’événement.

Même si il est vrai que lors du mois béni de ramadan, les sourires se font rares sur les visages, les mines sont froncées et les gens semblent être à fleur de peau ; j’aime beaucoup lorsqu’enfin sonne l’heure du « Ndogou ». Moment sacré où un inconnu t’offrira une bouteille d’eau, où l’on te donnera une datte avec insistance, où l’on te conviera à venir manger et où le partage prend son vrai sens dans le cœur des gens.

Crédit photo kabirraihan via Pixabay

Li moy Sunugal. C’est ça le Sénégal. Et en attendant que vienne la fête de Korité, que les habits de fêtes sortent et que l’on s’asseye autour d’un même plat ; j’aimerais souhaiter un excellent mois de ramadan au côté musulman de ma vie : lecteurs, amis, familles, connaissances…

Pour chacun d’entre vous, que Allah Le Miséricordieux agrée vos prières et vous permettent d’expérimenter toute la force de son amour.

Ramadan moubarak.


D’Alger à Dakar, une vue de ma fenêtre…

Cet article s’inscrit dans une collaboration avec les blogueurs Krimo (en Algérie)  et Rima (au Liban) sur le thème : « Vu de ma fenêtre ».
Nous avons opté pour un échange de correspondance. Cliquez sur les liens insérés dans ce billet  pour suivre l’aventure d’une ville à une autre.


Il était à sa fenêtre…Que voyait-il chaque matin au réveil ? Imaginait-il des histoires qui allaient de pair avec chaque passant ? Ou faisait t-il tomber un roman  à chaque fois qu’il voulait un peu de compagnie ?
Je n’en sais rien. 

J’ai rencontré cet homme par le plus grand des hasards. Du haut de sa fenêtre, il avait fait tomber un roman et j’ai dû le lui rapporter.

Faites-moi monter mon livre, je suis handicapé ! avait-il crié.

Je suis donc montée et je l’ai rencontré. J’ai laissé entre les pages de son roman ma carte de visite sur laquelle j’avais écrit à l’arrière « A défaut de me parler du livre ; un de ces quatre, racontez moi ce que vous voyez de votre fenêtre ».

Cinq mois se sont écoulés depuis mon retour de ces vacances à Alger. J’ai rejoint mon Dakar, ses rues et ses bruits. Je connais l’adresse de l’inconnu et j’y pense de plus en plus…Pourquoi ne lui écrirais-je pas ?

A défaut de savoir ce qu’il voit de sa fenêtre, peut-être pourrait-il savoir ce que je vois de la mienne…

A l’inconnu d’Alger

 

Bonjour.

J’ai attendu cinq mois avant de vous écrire ces quelques mots. J’espérais que vous pourriez m’écrire. J’en ai parlé à mon homme, à mes amis et à ma famille. Ils connaissent tous l’homme que je pense que vous êtes et ils attendent aussi impatiemment que moi, que vous me racontiez Alger vu de votre fenêtre.
Mais rien. L’avez-vous quittée cette fenêtre ? Allez-vous bien ?

Ce matin, j’ai eu une pensée pour vous. Et je me suis dit qu’à défaut de lire les mots de l’inconnu d’Alger, je lui parlerai de Dakar, ici au pays de la Teranga.

Vue de ma fenêtre ce matin : Dakar se réveille tout doucement. L’air est encore frais en ce mois de mars, mais la chaleur habituelle ne va pas tarder à venir. Au loin, j’entends le Muezzin qui appelle les croyants à la prière et tout à l’heure une cloche résonnera pour appeler d’autres croyants à la prière.

C’est ça la beauté du Sénégal. Ces matins où le Amen fait si bien écho au Amine, où chrétiens et musulmans se retrouvent dans les rues et que le Salam Aleykoum n’a finalement plus d’appartenance.

Vu de ma fenêtre, je vois une capitale ouverte au monde qui accueille chez elle tellement de cultures et d’habitudes. Je vois une capitale qui est devenue un carrefour de diverses nationalités. Ici dans les rues, le Wolof local se mêle facilement à l’anglais, au français avec des accents variés et chantants. Tu aimerais certainement entendre toute cette musicalité dans les rues.

Bienvenue au pays de la Teranga.

 

Dakar, Dakar, Dakar… Cette ville m’a conquise. J’y vis depuis douze ans maintenant et, même si je reste très attachée à mon Congo natal, je ne saurais choisir entre Pointe-Noire et Dakar, entre le Congo et le Sénégal. Ces deux pays sont liés dans mon cœur et dans mon sang, mais ceci est une autre histoire…

Monument de la renaissance africaine – Dakar / Crédit photo : MariamS

 

A Dakar, dès le matin les rues s’animent. Devant chez moi, quelques femmes s’activent à laver le linge dans de grandes bassines, des enfants avancent en tenue d’école bleue et les cars rapides passent à vive allure.

Oui ! Les « cars rapides », marque de fabrique de la capitale, petits bus très colorés et trop rapides. De vrais dangers ambulants mais qui laissent leur empreinte sur la capitale sénégalaise. Tu aimerais les voir passer tels de petits jouets depuis le quatrième étage d’où je t’écris.

Vue de ma fenêtre, Dakar est active, elle est jeune, elle est rêveuse et tentante. Des ouvriers aux petites bonnes en passant par les étudiants et les cadres, Dakar ne dort plus. Dakar bouge. Chacun va à la recherche de son pain quotidien et guette les opportunités. Ici, comme partout ailleurs ; il faut être attentif et impliqué, il faut se construire pour avancer. Fii Moy Sunugal ! Ici c’est le Sénégal.

Quartier populaire de Dakar / Crédit photo : Medsile

Cela dit, ne croit pas que tout soit rose vu de ma fenêtre. Tous les jours je regarde avec un sentiment de compassion mêlé à de la colère, les enfants qui déambulent dans les rues à la recherche de l’aumône. Ils sont pieds nus, vêtements déchirés et livrés à eux-mêmes. Eux, ce sont les « Talibés ». Certains d’entre eux ont à peine trois ans et déjà, ils doivent se débrouiller seuls pour récolter quelques pièces. Tu les verras au coin des rues, aux feux de la circulation, mains tendues…On dirait que le ciel en a fait des anges déchus.

Vu de ma fenêtre, il y a quelques uns qui ont abandonné leurs rêves, à force de courir derrière une aide qui ne vient pas toujours. Il y a aussi quelques femmes qui n’osent pas crier les abus dont elles sont victimes et qui marchent la tête baissée et moi ; depuis ma fenêtre, je ne peux que les regarder.

Le Dakar que je vois depuis chez moi est attachant. Avec ses forces et ses faiblesses. Ici quand ton regard croise celui d’un passant, il te dira « Nanga Deff », bonjour. Parce qu’ici, bien plus qu’ailleurs ; on s’attache à des valeurs qui veulent que l’étranger se sente ici comme chez lui. C’est cela l’héritage que les ancêtres ont laissé aux habitants de cette ville : La Téranga, l’hospitalité à la sénégalaise.

 Tu aimerais.

A défaut de te balader dans les rues toujours animées de nos quartiers populaires, tu aimeras découvrir les histoires qui font ce pays. Des histoires diverses, colorées, riches et captivantes qui me font toujours dire que ce pays est un piège.

Oui, le Sénégal est un piège. Si tu y viens, tu auras du mal à t’en aller.

Cher inconnu d’Alger, j’espère que tu es encore face à ta fenêtre et que tu te racontes des histoires en voyant des inconnus défiler du matin au soir. J’espère que tu recevras cette lettre de moi… Africaine, congolaise de sang et désormais sénégalaise de cœur.

Et que tu me raconteras à ton tour ce que tu vois chez toi là-bas en Algérie. Est-ce si différent de ce que je vois ici ?

Après tout, nous sommes d’un même continent et je sais qu’en ce moment, le même soleil que je vois ici brille également chez toi.

 

Amicalement,

Samantha


Monsieur Songué Diouf, j’ai quelque chose à vous dire au nom de mes jupes courtes…

Le 09 mars dernier, l’émission sénégalaise Jakarloo était dédiée à la femme, un hommage en continuité de la journée internationale des droits de la femme. Alors que cette émission devait magnifier la femme, un des intervenants a créé la polémique. Pour le professeur Songué Diouf – professeur en Philosophie et dont les prises de position ont été plusieurs fois plébiscitées par les téléspectateurs –, les femmes sont à l’origine des cas de viol. Les violées seraient responsables de s’être faites violer, elles seraient à l’origine du viol subi et l’homme n’y serait pour rien, le violeur n’est pas responsable.

« Sur ce sujet, je me dois de couper la poire en deux, car, lorsque vous portez plainte contre nous (les hommes), nous aussi, on doit porter plainte contre vous à notre tour, car vous faites tout pour que nous vous violons »

« Le pauvre (parlant ici du violeur) va prendre 10 ans et celle qui a tout fait pour être violée et qui a violé toutes les normes morales et religieuses, elle, continue à errer »

Monsieur Songué Diouf estime que la femme habillée d’une manière indécente (encore faudrait-il être d’accord avec ce qu’il estime être indécent) exerce elle aussi une « violence » vis-à-vis du violeur. Et qu’en fin de compte, selon Monsieur Songué Diouf, le violeur ne serait qu’une pauvre victime. Une victime de celle qu’il a lui même violé parce que ayant été piégé, attiré par…celle là même qu’il a violé.

https://www.youtube.com/watch?v=MnRT8pEA8oo&t=4s
Voilà donc les faits.

Pour résumer, nous sommes en 2018 et un intellectuel, professionnel émérite dans son domaine, enseignant et intellectuel reconnu dans son milieu…Cet intellectuel, donc, pense qu’une femme qui a mis une jupe courte ou un quelconque vêtement mettant en valeur ses formes… est responsable si jamais un pauvre homme cède à la tentation et la viole. La bonne blague !

Je ne voulais pas réagir à ces paroles que le monsieur dit assumer (pour ne pas lui donner une importance qu’il ne mérite absolument pas ) mais la tentation était trop forte, au nom de MES jupes courtes. Parce que oui, je mets des jupes courtes. Et à en croire ce Monsieur, si jamais je me fais violer… ce sera parce que un pauvre homme, incapable de se contrôler; aura été tenté par la diablesse que je suis.

Viols provoqués ?

Selon les statistiques de l’Association des femmes juristes du Sénégal, rien qu’en 2016, le Sénégal aurait enregistré 3600 cas de viols. Entre janvier et juin, il y aurait eu près de 1776 viols dont 516 cas d’inceste. Selon les mêmes sources, l’âge des victimes les plus touchées varie entre 3 et 19 ans.

En 2016, dans les toilettes d’une mosquée ; deux adultes se relaient sur une mineure qu’ils violent. On continue ?
Dans la soirée du 16 au 17 mai 2017, un bébé de 18 mois se fait violer à Thiès.

Allons encore plus loin, il y a moins d’un mois, le 24 février dernier ; la petite M.D était portée disparue après être partie à la boutique du coin. Son corps a été retrouvé le lendemain, dans un sachet en plastique. L’autopsie aurait confirmé un viol suivi de meurtre. Elle avait 8 ans. 8 ans.

Je pourrais continuer ainsi pendant longtemps et vous pourrez constater que les chiffres parlent d’eux même.

S’il faut s’en tenir à la théorie de ce monsieur, les personnes qui sont violées sont responsables du viol parce qu’elles sont « mal » habillées, à son sens. Elles sont donc, pour lui, la cause du viol, et celle-ci n’est pas à chercher du côté de l’agresseur qui ne contrôle pas ses pulsions sexuelles et voit en elles des objets pour assouvir ses désirs sexuels. Pourtant, allez sur Google, associez les mots « viol » et « Sénégal » et vous verrez que les premières victimes de ces agissements honteux, de cette violence inacceptable, ce sont avant tout des enfants.

Avant d’aller plus loin, rappelons ce qu’est un viol.

Un viol est un acte par lequel une personne force une autre personne à avoir des relations sexuelles avec elle, par violence, contrainte, menace ou surprise. 

Et posons-nous enfin les bonnes questions.

Dans un cas de viol : Qui donc est violent? Qui est actif et qui subit l’acte?  Qui est libre de dire « oui » ou « non » ou « stop » ? Qui déshumanise l’autre en le prenant comme un objet ? Qui a une emprise sur l’autre ? Qui est la victime ? Qui est l’agresseur ?

Dès l’instant où il n’y a pas de consentement mutuel, et donc aucun respect de l’avis de l’autre et de sa liberté de dire « NON », il y a VIOL. Il y a donc un agresseur et une victime.

Au nom de ma jupe courte…


La tenue vestimentaire d’une femme n’est en AUCUN CAS une raison qui justifierait un viol. Sauf erreur de ma part, le Sénégal est un pays LAÏQUE où les femmes n’ont pas l’obligation de se soumettre à certaines règles vestimentaires. Quand bien même une femme marcherait NUE dans la rue, ce serait la responsabilité des forces de l’ordre de l’interpeller et non pas d’un pseudo-justicier qui punirait à coups de reins, une femme non-consentante. 

Au Sénégal, les hommes font ce qu’ils veulent, s’habillent comme ils veulent et pourtant non, les femmes ne se jettent pas sur le premier jeune homme en short court pour le violer en bande. N’avons-nous pas des désirs ? C’est ce qu’on vous a dit ? Le désir est autant féminin que masculin. 
Ne justifiez pas l’injustifiable.
Un homme incapable de se retenir devant une paire de fesses est un malade doublé d’un pervers et non, ce n’est ni la faute de la femme aux formes généreuses, ni celle de sa jupe courte.
Il n’y a pas à « couper la poire en deux ». Un viol est un viol. Et le violeur est le seul coupable. Il porte l’entière responsabilité d’avoir introduit son sexe dans l’intimité d’une femme.
Qu’elle soit professionnelle du sexe. Qu’elle se balade en ras-de-fesses. Qu’elle soit nue.

Point final. Débat clos.

Les arguments qui sont apportés ne sont que la preuve du manque de retenue de certains hommes qui cacheraient en eux aussi de potentiels violeurs. De quoi se défendent-ils si ce n’est du fait d’être eux-mêmes incapables de se maîtriser ?

Alors non, je ne m’excuserai pas si des hommes, des adultes, des pères de famille, des intellectuels et des hauts responsables sont incapables de retenir leurs pantalons bien remontés à la vue de quelques attributs féminins. Ce qui différencie l’homme de l’animal, c’est sûrement la capacité à gérer sa libido. Alors, les hommes seraient-ils des animaux? Des bêtes sauvages? Qui sautent sur tout ce qui leur fait envie sans demander notre avis? Sommes nous dans une jungle où là aussi, la loi du plus fort est la meilleure?

Je n’ai pas, en tant que femme, à m’excuser de votre faiblesse et de la perversité qui l’accompagne.

Comme l’a si bien dit Françoise Héritier, il faut : « repenser la question du rapport entre les sexes, s’attaquer à ce statut de domination masculine et anéantir l’idée d’un désir masculin irrépressible ».

Cela arrange bien des hommes de faire croire que leur désir est « irrépressible ». Mais aucun désir n’est irrépressible, c’est un mythe bien ancré dans les sociétés qui veut que l’homme soit incapable de se retenir. Et ils finissent par y croire eux-mêmes, la preuve !

Ce qui est vrai, c’est que derrière toutes ces considérations, il n’y a qu’une seule question : celle du rapport entre les sexes et donc celle de la domination du masculin sur le féminin, et cela existe depuis des centaines d’années malheureusement.

En 2018 il serait tant que cela change, et cela ne changera que par la voix des femmes, parceque c’est la responsabilité des femmes de dire « stop ». Nous devons oser dire « NON » à l’unisson pour que les mentalités changent enfin.

 

Et les femmes dans tout ça…Parlons-en!

Sur les réseaux sociaux, c’est LE sujet du moment. Autant, je suis ébahie de voir des hommes soutenir mordicus le point de vue de ce professeur, en cachant avec des airs de sainteté leurs propres faiblesses, autant, je suis dégoûtée de voir que des femmes se permettent de défendre le même avis. C’est bien triste. Aucune raison n’est valable pour justifier un viol. AUCUNE.

D’ailleurs pour information, le 9 mars, alors que le Professeur Songué s’exprimait avec un air dédaigneux, des femmes étaient bien présentes sur le panel. Qu’ont-elles dit ? RIEN. Pourtant, on entend des rires idiots qui semblent trahir une certaine gêne, car oui, elles étaient surement conscientes des propos hallucinants de Monsieur Diouf… mais pourquoi n’ont-elles pas réagi ?

Des femmes étaient sûrement présentes dans le public. Ont-elles seulement réagi ? Non.

Non Mesdames, vous n’auriez pas dû vous taire. Vous étiez en première ligne et c’était votre responsabilité de réagir avec la plus grande énergie pour dire STOP à l’instant même où ce monsieur sortait de telles inepties. Car il est de la responsabilité des femmes de réagir lorsque de tels propos sont énoncés. Se taire c’est être complice. Et toutes les femmes présentes ce soir-là sur le plateau de la TFM ont été complices de monsieur Songué Diouf alors qu’il expliquait que ce sont les violeurs qui sont victimes des femmes violées.

Ne parlons pas du journaliste qui animait était censé animer ce débat et qui n’a pas fait son travail de modérateur et qui n’a pas cherché à équilibrer les points de vue. Les responsables (rédacteurs en chef et autres…) de cette émission se sont-ils remis en question ? Dans d’autres pays, ils pourraient être tout simplement mis à la porte pour une telle irresponsabilité professionnelle.

Le Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel (Cnra) enfin sorti de son mutisme a fait une simple mise en garde à l’endroit de la Télévision Futurs Médias, demandant par la même occasion que l’émission ne soit plus rediffusée. Est-ce suffisant?

Malheureusement, à  l’heure où au Sénégal, des initiatives à l’image de #Nopiwouma essaient de dénoncer les diverses violences faites aux femmes et aux jeunes filles, d’autres femmes s’allient à une cause qui voudrait qu’un violeur soit vu en victime.

Voilà où nous en sommes, en ce mois de mars 2018, pour célébrer le droits des femmes.

À l’heure actuelle, une pétition a été lancée pour que Monsieur Diouf présente des excuses publiques. Mais est-ce suffisant lorsque l’on voit les réactions effrayantes de certains internautes, hommes et femmes confondus ?

Il est urgent de faire un débat de société digne de ce nom. Et très certainement aussi un gros travail d’éducation. Nous sommes en 2018 et nous peinons encore à sortir des stéréotypes sur les rapports femme-homme.

Est-ce que le mal n’est pas plus grave qu’il n’y paraît. Et si le Professeur Songué n’avait fait que dire ce que beaucoup pensent tout bas ?

 

MISE À JOUR: Monsieur Diouf se serait excusé. Que dis-je! Il a tenté de se justifier.

 

 


#Morceau2vieAuFéminin : Scheena Donia, une femme aux multiples vies

J’ai découvert Scheena Donia il y a quelques mois tout juste. Je devais travailler sur un projet où elle jouait un rôle clé et, honte à moi : je ne la connaissais pas ! Il a donc fallu que je me « mette à jour », à l’image d’un écolière qui se devait de réviser ses classiques avant les examens.

C’est ce que j’ai fait.

De son blog personnel à son blog professionnel, en passant par ses comptes sur les réseaux sociaux, j’ai glané toutes les informations que je pouvais afin de mieux comprendre la dame. Le travail que me confiait une structure désormais connue impliquait que je connaisse mieux la personne pour pouvoir mieux écrire.

Mission accomplie ? Je ne saurais me juger moi-même.

Mais pendant les longues minutes passées à regarder ses photos, ses directs, ses stories, j’ai appris quelques leçons.

Scheena a 39 ans, elle est mère de 4 enfants et gère à la perfection une vie entre deux avions, Elle arrive à tout concilier : une complicité avec ses enfants et une carrière professionnelle réussie. N’y a-t-il rien à apprendre de tout ça ? Je ne pense pas.

Scheena, la modeuse…

En recherchant « Scheena Donia » sur Google, la première image que vous aurez de Scheena, c’est celle de la blogueuse très active sur ses réseaux sociaux et notamment sur son compte Instagram où 21.500 personnes la suivent au quotidien.

Sur ce compte, qui est une vitrine pour son blog, Scheena se définit comme une blogueuse LifeStyle, gabonaise, vivant à Paris. Elle y parle de mode et précise fièrement qu’elle est la mère de « 4 humains ». Sur Instagram, Scheena nous parle de ses looks, de ses humeurs, de sa famille, en particulier de la petite Paloma, sa dernière merveille qui, semble t-il, suit les traces de sa maman.

Scheena est une passionnée. Mais c’est surtout une femme impliquée qui montre au quotidien qu’il est possible d’avoir le temps de se pomponner, de parler à ses milliers d’abonnés et… de préparer un Yassa Poulet. Oui, rien que ça !

Ce que j’ai appris : contrairement à l’image véhiculée qui veut qu’une femme qui « passe trop de temps sur les réseaux sociaux perd du temps » ( erreur ! ), tout dépend de ce que vous y faites, de ce que vous montrez et de comment vous tirez profit de ce temps passé à alimenter vos réseaux sociaux. Autre point : lorsque vous invitez vos followers dans votre vie privée, il est important de fixer clairement des limites.

Scheena, la maman…

En découvrant Scheena via ses réseaux sociaux vous comprendrez dès le départ qu’elle refuse de dissocier la Scheena Fashion et blogger lifestyle de la Scheena maman qui passe du temps avec ses enfants et qui est heureuse de pouvoir être là pour eux.

S’il est vrai que ses trois garçons sont moins visibles que sa petite dernière, Scheena parle très souvent de ses enfants et de sa relation avec eux. C’est un bonheur de la suivre et de lire ses conseils très souvent inspirés d’un chapitre de sa vie. Si vous la suivez, vous comprendrez qu’être une maman entrepreneur, c’est possible et qu’il est important de savoir bien séparer sa vie privée, sa famille et sa passion.

Ce que j’ai aimé : les leçons de vie qu’elle partage quotidiennement. Que ce soit lorsqu’elle revient sur la nécessité de pousser ses enfants à suivre leurs voies ou encore lorsqu’elle tient à partager son identité africaine en apprenant à sa petite fille des mots en Fang ou en nous la montrant qui chante un classique de la musique africaine.

Scheena, la chef d’entreprise…

L’image de Scheena que ses followers habituels connaissent certainement moins, c’est celle de la chef d’entreprise. Scheena est diplômée de l’Ecole Française des Attachés de Presse de New-York et aujourd’hui elle est à la tête de Scheena Donia Consulting qui est une agence spécialisée dans le coaching en image et le relooking.

Du secteur banquier à celui de la téléphonie mobile en passant par l’image de personnalités et de sportifs ; Scheena a géré l’image d’une clientèle triée sur le volet. Et ce, au Gabon, au Congo, au Sénégal, et jusqu’en Chine.

Ce qu’il faut retenir : la Scheena blogueuse et maman est très joueuse, très « free ». La Scheena-entrepreneure est très focalisée sur son boulot et ce qu’elle a à apporter professionnellement. C’est très important de savoir séparer clairement ses différentes casquettes et bien sûr, ses différentes cibles selon les supports que vous choisissez.

Scheena, l’activiste…

On ne saurait parler de cette dame sans mentionner son attachement à son pays : le Gabon. Pour celle qui y a longtemps vécu, qui y a eu ses enfants et qui garde précieusement dans son cœur les souvenirs de son Gabao natal… C’est le Gabon avant tout.

Durant les dernières élections, elle s’est illustrée aux côtés de noms de résistants gabonais tels que Joelle Ndong pour prendre position face au régime actuel. Scheena entend mettre sa visibilité et son talent au service d’un Gabon libre et elle ne le cache pas.

Ce qu’elle m’apprend : on n’oublie pas d’où on vient, on le revendique et on assume. D’une manière ou d’une autre.

Nous avons fait le tour. Je crois.

Scheena Donia, vous l’aurez compris, est une maman- blogueuse-entrepreneure-activiste qui porte plusieurs casquettes et qui sait s’y prendre pour donner à chacun de ses rôles une place précise et bien définie.

C’est une des femmes que je tiens à vous présenter durant ce mois dédié à la femme. Comme chacune de celles que je vais avoir le plaisir de vous présenter durant ce mois, Scheena est une femme qui inspire et que vous gagnerez à connaître.